Nos Mosquées de Stamboul
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HALİL EDHEM
Nos Mosquées de Stamboul
Traduction de
E. MAMBOCRY
Avec 131 figures dans le texte et une carte
ÉDITEUR LIBRAIRIE KANAAT
STAMBOUL
1934
Fig. 1 — Stamboul vue d’un aéroplane
Fig. 2 — Stamboul vue du côté de Galata
NOS MOSQUÉES
DE STAMBOUL
INTRODUCTION
CETTE petite brochure que nous publions aujourd’hui n’a pas une prétension scientifique. Notre but n’est autre que de montrer, sous forme d’album, quelques unes des petites et des grandes mosquées de Stamboul, en images, ac-compagées d’une courte description et de quelques données historiques. Quant à leur étude au point de vue de l’art et de l’architecture, c’est naturellement une affaire et même un devoir qui incombe à nos architectes spécialisés dans ces sortes d’études.
En considérant leur grandeur, il y a deux espèces de mosquées : Les petites s’appellent «mesdjid» et les grandes «djami». Le terme de mesdjid désignait à l’origine la mosquée en général. Peu à peu, avec le progrès de l’architecture, on fit une différence entre les deux. Les grandes mosquées destinées en meme temps au culte du vendredi prirent alors le nom de djami, celui de mesdjid étant réservé aux sanctuaires secondaires. Il y a pourtant de grandes mosquées qui ont gardé jusqu’à aujourd’hui l’appellation de mesdjid, comme par exemple la célèbre mosquée d’Aksâ à Jéru-
Fig. 3— Les types des mosquées d’après M. Gabriel
salem. D’autre part, il y a aussi à Stamboul des mesdjids de petites dimensions où se fait la prière du vendredi. Donc, pour éviter toute confusion, nous leur donnerons le nom générique de mosquée, qui d’ailleurs, n’est autre qu’une forme corrompue du mot mesdjid employé par les Européens.
Pour une meilleure compréhension du texte, nous avons jugé utile d’expliquer ici, brièvrement, quelques uns des termes techniques relatifs aux mosquées et employés au cours de nos descriptions :
Le « mihrab » et le « minber » sont des parties intégrantes d’une mosquée. Le «mihrab», ou niche de prière pour l’imam ou le prêtre, est orienté vers la Mecque, vers la «kiblé» qui est pour Stamboul, à peu près à l’Est-Sud-Est. Mais pour simplifier, nous désignerons cette façade comme façade Est.
Le « minber » est une chaire d’une certaine hauteur, en marbre ou en bois, avec un escalier et qui se trouve à droite du mihrab. Il est destiné seulement au culte du vendredi. Dans les grandes mosquées, le mihrab et le minber sont souvent très artistiquement travaillés et prennent un aspect monumental. Il y a aussi dans toutes les mosquées une chaire basse appelée «kursu», souvent en bois, scultpée
Fig. 4 — Mosquée d’Eyoub
ou non, servant aux sermons ordinaires.
Les mosquées en plein air s’appellent «moussalla». Elles ont aussi leur mihrab et leur minber.
La plupart des mosquées ont une cour dénommée «avlou» ou «harim» avec, au mileu, une fon-
Fig. 5 — Façade du turbé d’Eyoub
taine aux ablutions, souvent d’un très beau style, qui porte le nom de «chadirvan». Les cours sont de forme carrée, rectangulaire ou même arrondie d’un côté. Elles se trouvent devant la façade de la porte principale, donc à l’Ouest, et font dans les grandes mosquées corps avec le bâtiment dont elles conservent le même style. Ces cours rappellent l’atrium de l’antiquité. Sur les quatre côtés, elles sont entourées d’un portique à colonnes avec des travées à coupoles ou à voûtes. Le côté adjacent au mur de la porte est appelé « son djémaat yéri» ce qui veut dire: espace pour la prière des retardataires, ou pour ceux qui n’ont pas trouvé de la place à l’intérieur pendant l’office. Nous appellerons ce côté-là tout simplement «rivak» qui correspond au
Fig. 6 — Mosquée de Mahmoud Pacha
terme de portique.
Les «muezzines» sont des personnes attachées à la mosquée pour accompagner à l’intérieur les récitations de l’imam et pour appeler, de l’extérieur, cinq fois par jour, les fidèles à la prière, du haut du minaret.
Toutes les mosquées ont leur «minaret». C’est une tour plus ou moins élevée se trouvant, quand elle est unique, à droite de la porte et rarement à gauche, comme à Firouz Aga. Mais, dans les grandes mosquées, le nombre des minarets peut être de deux, de quatre et même,
comme à Sultan Ahmed, de six, chacun avec un, deux ou trois balcons circulaires dits «chéréfés». On y monte par un escalier intérieur en spirale. Les beaux minarets si é-lancés et d’une admirable conception architecturale donnent un charme exceptionnel à la vue des mosquées.
Les grandes mosquées, comme par exemple, celles de Fatih Sultan Mehmed II et de Suleïman Ier le Législateur (ou le Magnifique), cette dernière dite Suleïmaniyé, sont entourées de bâtiments considérables qui sont des dépendances construites par le même fondateur. Ce sont des
Fig. 7 — Mosquée de Fatih Mehmed
collèges, des bibliothèques, des hôpitaux, des cuisines, des bains, des tombeaux, des fontaines et enfin des ateliers d’horlogers. Quelquefois, tous ces bâtiments sont des chefs-d’oeuvre de l’architecture turque; chacun porte un nom spécial que nous donnons ici avec quelques mots d’explication:
Les édifices nommés « médressés » sont des collèges ; leur architecture particulière rappelle le plan d’une cour a e mosquée, avec cette différence toutefois, qu’au fond des travées des arcades, sont aménagées les cellules des étudiants. Ils appartiennent d’ordinaire au même fondateur. L’origine du médressé remonte au Xe siècle, à l’époque des Ghaznévides qui étaient des Turcs. On y enseignait toutes les sciences et les doctrines de la religion musulmane. Pour la médecine on avait les «dari chifa» ou «dari sihha»;
Fig. 8 — Mosquée des Agas au Vieux Sérail
pour la tradition, les «dari hadîs», etc. Les hôpitaux pour les aliénés s’appelaient «bimar-hané». Les médressés de Stamboul brillèrent à leur début d’un éclat tout à fait exceptionnel, surtout comme institutions scientifiques, C’étaient, en-somme, pour leur époque, de véritables académies créées par les Turcs. Ce n’est que plus tard qu’ils perdirent comme telles de leur importance et tombèrent en une désuétude complète, de sorte qu’ils furent abolis et fermés à la proclamation de la République turque.
Pour faciliter les études, des bibliothèques ou «kutup-hanés» ont été fondées à Stamboul, soit près ou dans les mosquées même, soit dans différents quartiers de la ville. Aujourd’hui encore, ces bibliothèques contiennent près de cent mille volumes de manuscrits des plus précieux.
Les cuisines, aujourd’hui fermées, qui se trouvaient rattachées aux grandes mosquées, s’appelaient «imarète». Elles étaient destinées aussi bien aux étudiants, au personnel des mosquées qu’aux indigents. Pour juger de la splendeur de l’architecture de ces monuments, on
Fig. 9 — Mosquée de Mourad Pacha
n’a qu’à aller voir l’imarète de Suleïmaniyé qui contient aujourd’hui les collections du Musée de l’Evkaf.
Les bains publics ou «hamam» sont quelquefois, comme par exemple, ceux de Mahmoud Pacha et d’Aya Sophia des constructions grandioses. Les revenus de ces bains étaient destinés à des fondations pieuses.
On appelle «turbé» les tombeaux ou mausolées qui ont été élevés sur les tombes de sultans, de princes ou de grands personnages, et qui ont un cachet monumental. Ils sont à plan carré, hexogonal ou octogonal. Les turbés construits par l’architecte Sinan sont d’un style admirable.
Chaque mosquée a au moins une fontaine pour les ablutions. En général, les fontaines sont nommées «tchechmés». Un autre genre de fontaine, désaffecté aujourd’hui, est appelé «sébil». On y servait, à travers un grillage en fer ou en bronze, de l’eau fraîche aux passants ; nous en donnons plus loin une courte description en parlant de la fontaine d’Ahmed III. Dans la ville de Stamboul, il existait des milliers de fontaines publiques.
Presque à chaque grande mos-
Fig. 10 — Mosquée de Roumi Mehmed Pacha (avant la restauration)
quée est rattaché un atelier d’horloger ; ce sont de petits édicules de formes différentes; on les nomme «muvakkit-hané», ce qui veut dire: maison du régulateur du temps. L’horloger doit prendre chaque jour la hauteur du soleil pour régler 1er. pendules de la mosquée et ainsi déterminer les heures des prières.
* * *
Des spécialistes turcs et étrangers ont écrit jusqu’à présent un assez grand nombre de travaux concernant les mosquées de Stamboul. Quelques uns ont, de préférence, étudié le côté artistique ou architectural, d’autres le côté historique. Mais la plupart de ces publications, d’ailleurs très fragmentaires, ne se limitent qu’aux édifices connus. Tout en suivant la même voie, nous ferons cependant remarquer qu’il y en a un grand nombre qui sont disséminés et oubliés, ou même en ruine, dans des quartiers éloignés du centre de la ville. L’importance de ces monuments est très grande, et dans chacun d’eux il existe des particularités constructives et artistiques différentes. Souvent, les étrangers ne les voient point. A notre avis, il y a même parmi nous peu
Fig. 11 — Mosquée de Davoud Pacha
de personnes qui les connaissent.
On peut donner, à juste titre, à Stamboul, le nom de «Ville des Coupoles». Lorsque [nous montons sur les tours de guet, sur les minarets, ou lorsqu’on survole la ville
Fig. 12 — Mosquée de Firouz Aga
en aéroplane, on peut en admirer la vue merveilleuse. Si l’on regarde attentivement la photographie prise d’avion que nous donnons, (fig. 1), on peut y compter des centaines de coupoles. La mosquée de
Fig. 13 — Mosquée d’Atik Ali Pacha
Yéni-Djami, à elle seule, en a plus de soixante. Lorsqu’on regarde depuis les rives opposées qui entourent Stamboul, on voit sur les collines de la ville beaucoup de constructions à minarets qui donnent au panorama une particularité qui ne se retrouve nulle part ailleurs (fig. 2). Si ces constructions ne faisaient pas partie de sa silhouette, la ville perdrait beaucoup de sa beauté. Tous les touristes qui viennent à Stamboul depuis longtemps l’affirment. Pour nos jeunes architectes, ces monuments constituent une source inépuisable. Pour ceux'qui en entreprendront l’étude, il existe un guide précieux ; c’est le « Haddikat-ul-Djévami» ou «jardin des mosquées». L’auteur, Hafiz Hussein Efendi, du quartier d’Aïvansaray, d’après ce qu’il dit dans la préface de son livre, a décrit les mosquées qui se trouvaient à Stamboul jusqu’à l’année 1768 (H. 1182) il finit son ouvrage en 1779 (H. 1193). Pour le rédiger, il fit une ou plusieurs prières dans chacun de ces sanctuaires ; il ne s’est pas contenté de noter ses observations sur chacun
Fig. 14 — Mosquée de Zindjirli-Kouyou
d’eux, il a souvent enrégistré, également, les inscriptions qu’elles contiennent, les noms des fondateurs, et, autant qu’il le fût possible, leurs
Fig. 15 — Mosquée de Bayazid II
sépultures. En plus, il a recueilli des renseignements sur les dépendances des mosquées dont nous avons donné plus haut une nomenclature. 11 les a cataloguées d’après un système personnel. Ce qui a permis à Seyd Ali Sati Efendi, en suivant ses traces, d’élargir l’ouvrage en y ajoutant un certain nombre de mosquées jusqu’à l’an 1848 (H. 1253). D’autre part, il en retrancha celles qui ne méritaient pas d’y figurer. Il faut toutefois savoir qu’on ne doit pas y chercher une description architecturale des monuments. Ce livre composé de deux volumes fut imprimé en 1865 (H. 1281) à Stamboul, à l’imprimerie d’Etat. Dans le volume un, on trouve, en premier lieu, les mosquées impériales; puis, à peu près par ordre alphabétique, les mosquées situées dans la ville de Stamboul proprement dite. A partir de la page 227, mais sans suivre cet ordre, commence le chapitre intitulé : «djamis et mesdjids hors la muraille de la ville ». Ce chapitre se termine à la page 310. Quant au volume deux, il contient, pages 1 à 37, sous le titre « Les djamis et mesdjids, petits et grands, donnant leur nom au quartier ou non, dans
Fig. 16 — Cour de la mosquée de Bayazid II
une zone allant de Galata et ses environs jusqu’au bourg inclus, connu sous le nom de Kassim-Pacha sis à l’endroit dénommé Kozloudja-Déré , des renseignements concernant les édifices situés dans ces parages, comme aussi les portes de la muraille de Galata qui existaient à cette époque. Ensuite, jusqu’à la page 144, et en commençant par le quartier de Tophané, les noms de toutes les mosquées qui sont situées sur toute la côte d’Europe du Bosphore. Puis, de la page 144 jusqu’à la fin de l’ouvrage, (page 263) il passe à la côte d’Asie et, à partir d’Anatoli-Kavak, il donne des renseignements sur les mosquées de Kadikeuy, Fénerbagtché, Boulgour-lou sur les hauteurs de Skutari ; et enfin sur celle du village Sari Kadi, à Alemdagh. Sélim Nushet Bey publia en 1928 un index alphabétique destiné à cet ouvrage, ce qui
Fig. 17 — Mosquée de Bali-Pacha
facilite la recherche des mosquées. Hafyz Hussein Efendi, l’auteur de Hadika, a également composé en 1765, (H.1179) un recueil, non imprimé, sur les inscriptions des fontaines de Stamboul, en donnant à cette occasion la biographie de quelques uns de leurs fondateurs.
On remarquera que la description de Hadika repose en partie sur un système topographique ; le nombre des mosquées qui y sont mentionnées s’élève en tout à 874. Le voyageur turc Evlia Tchélébi, d’après le recensement de 1638, (H. 1048) pour la période antérieure de 130 ans à Hadika, indique 15000 mosquées à Stamboul, mais nous pensons qu’il y a une erreur de chiffre. Dans un régistre officiel que nous avons vu et qui porte la date d’avril 1904, (H. 1320) dans lequel toutes les mosquées de Stamboul et de sa banlieue sont classées en cinq catégories, il est enregistré en tout 910 mosquées, dont les 216 incendiés ou en ruine et les 694 existant encore, il n’y a pas de doute, qu’au-jourd’hui, il faut encore en déduire une part importante. Un très petit nombre de mosquées en ruine a été réparé. L’administration de l’Evkaf ou des Fondations pieuses pouvait, autrefois, entretenir et réparer
Fig. 18 — Turbé Husrev Pacha
les édifices de son ressort. Des revenus, qui s’élevaient à de fortes sommes, lui venaient des différentes provinces d’Asie, d’Europe et d’Afrique perdues aujourd’hui pour la Turquie. Ceux des revenus
Fig. 19 — Mosquée d’İskender Pacha
qui restent encore à cette administration sont à peine suffisants pour entretenir d’une façon parfaite les grandes mosquées les plus importantes. Il serait donc impossible d’assurer aussi l’entretien des bâ-
¿Fig. 20 — Mosquée de Djézéri Kassim Pacha
timents n’ayant aucun intérêt historique ou artistique. Il est donc bien naturel que quelques uns d’entr’-eux soient fermés et restent inutilisés. Outre cela, si nous traversons les vastes terrains incendiés qui continuent malheurseuement à exister dans notre ville, nous y voyons des centaines de ruines de mosquées, et par-ci par-là des décombres de tombeaux et des parcelles de cimetières. On ne peut ni les réparer, ni les restaurer. Il faut donc les traiter conformément au réglement sur la conservation des antiquités.
D’autre part, il y a des mosquées importantes qui sont en mauvais étal de conservation, ainsi que nous les verrons dans la suite. Nous pensons que leur restauration ne peut occaionner ni difficultés, ni grande dépense. Quant aux médressés, ils ont tous passé à l’administration de la Province de Stamboul. Leur nombre est d’environ 193. Tous furent désaffectés comme nous avons dit plus haut. Ils sont devenus des logements d’indigents ou bien ont été transformées en dépôts et loués à des marchands ; ceux qui restent sont démolis et leur emplacement est vendu.
Le devoir d’un Etat ne doit
Fig. 21 — Mosquée de Sélim Ier
pas s’arrêter seulement au seuil des musées, mais aussi s’étendre aux monuments encore existants qui font honneur au pays, à nos grands architectes et à nos artistes ; de ce fait, le Gouvernement de la République a déjà pris des mesures très sérieuses pour assurer la conservation de l’héritage du passé en œuvres d’art de toutes sortes. D’autre part, il faut le reconnaître, l’administration de l’Evkaf a prévu, pour ces prochaines années, la restauration d’un certain nombre de monuments religieux.
Une commission spéciale, réunie en 1925, avait fixé à 124 le
nombre des «turbés» qui ont une valeur architecturale et historique. Aujourd’hui quelques uns d’entr’eux sont fermés tandis que d’autres, complètement abandonnés, sont à l’état de ruine. Parmi les turbés, une douzaine environ, sont entretenus par la direction des Musées. D’autre part des centaines, peut-être des milliers de fontaines sont presque à sec ou en ruine ; la plupart d’entr’-elles sont importantes pour nos différentes périodes d’art et elles sont dignes d’être étudiées dans leur ensemble. A titre d’exemple regrettable d’une ruine, nous verrons plus tard, la belle fontaine d’Azap-Kapou.
Fig. 22 — Mosquée de Hasséki
Nous avons dit que Hadika pourrait constituer un bon guide pour ceux de nos architectes qui feraient des études concernant les mosquées de Stamboul et qui en publieraient les résultats. Cependant, comme il se trouve quelques erreurs et des confusions dans cet ouvrage, il faudrait les rectifier. Nous recommandons particulièrement à nos architectes d’écrire des monographies non seulement sur les édifices eux mêmes, mais aussi sur les détails en bois, en bronze, ou autres, appartenant aux portes et aux volets des fenêtres, ainsi que sur les faïences qui sont des ornements incomparables de nos mosquées. C’est seulement en agissant ainsi que l’on pourra assurer la possibilité de grandes publications.
Au sujet des faïences que l’on voit à Stamboul sur nos monuments, on peut dire que les ornementations les plus anciennes sont celles du turbé de Mahmoud Pacha près de la mosquée de ce nom et celles d’un ancien palais dénommé le « Tchinili Keuchk » que Fatih Mehmed II fit construire en 1472 (H.877), et qui abrite aujourd’hui le Musée d’Art musulman et turc, faisant partie des
Fig. 23— Inscription en faïence au Médressé de Hasséki
Musées des antiquités. Les faïences qui sont sur la façade de ce palais sont disposées en formes de mosaïques. Mais on ne sait pas où elles furent faites ; toutefois elles rappellent les travaux de faïences de certains monuments de Konia. Les règnes de Suleïman le Magnifique et de Mourad III constituent, pour , les faïences turques du XVIe S. la période la plus brillante. L’art du faïencier à l’époque de l’activité de l’architecte Sinan et de ses élèves ne laisse voir aucune défaillance. Il faut arriver au milieu du XVIIIe S. pour voir, de temps à autre, dans cet art délicat des signes de décadence. Il est aujourd’hui avéré que l’on fabriquait ces faïences à Nicée, à Kutahia, et même à Stamboul. D’après la documentation donnée par Ahmed Réfik Bey dans ses travaux (en turc) sur les faïences de Nicée (Edebiyat Fakültesi mecmuasi VII; 1932) et sur la vie de Stamboul (Türk tarih Encümeni Külliyatı No. 17;1913) il appert que les faïenciers de Nicée faisaient venir la terre plastique des environs d’Afion-Karahissar. La période de fabrication de Nicée va du deuxième quart du XVIe S. jusqu’en 1725, date à laquelle, des faïenciers de Nicée vinrent s’établir au Tekfour Saray à Stamboul ou les fabriques ne semblent guère avoir
Fig. 24 — Turbé à la mosquée de Defterdar
travaillé longtemps. La Corne d’Or possédait déjà à Eyoub des ateliers de poterie artistique dont les produits sont aujourd’hui très recherchés. Quant à Kutahia, la fabrication des faïences y existe proba
Fig. 25 — Mosquée de Mihrimah Sultane à Skutari
blement depuis de nombreux siècles et en tous cas antérieurement à Nicée ; on y fabrique toujours.
On croit à une fabrication de faïences en Syrie ; mais ce ne peut être que des produits exécutés dans des ateliers turcs. Dans ces dernières faïences, la couleur rouge est souvent en petite quantité. A ce sujet, nous devons encore toucher à une question désastreuse. Presque dans tous les musées de l’Occident et dans les collections privées, on rencontre des faïences turques en très grande quantité. Ce sont ou des carreux de faïence provenant des décorations murales, ou bien ce sont des objets mobiliers en faïence, tels que des plats, des lampes de mosquées, des gobelets, etc. Une
Fig. 26 — Mosquée de Chehzadé
partie de ces derniers objets, particulièrement les lampes à suspension et les plats, appartenaient à des mosquées ou à des imarètes ; aujourd’hui, il ne nous reste presqu’ aucun de ces objets-là. Une autre partie des mêmes objets est formée par ceux qui furent ramassés par les antiquaires, à vil prix, dans les maisons privées, et vendus ensuite très cher aux collectionneurs étrangers. A ce sujet, un exemple est constituée par les assiettes dénommées «Plats de Rhodes» qu’un consul français avait réunies, il y a longtemps à Rhodes et aux Dardanelles ; ces assiettes, au nombre de 500 pièces environ, forment une collection merveilleuse qui se trouve aujourd’hui dans le musée du Louvre à Paris. L’appellation de ces assiettes est éronnée, car elles ont été fabriquées par les turcs en Anatolie dans les villes de Nicée et de Kutahia aux XVIIe S. et XVIIIe S. Certaines de ces assiettes valent actuellement mille livres turques et même plus. Il serait très difficile d’interdire, même aujourd’hui, l’exportation clandestine de tels objets
Fig. 27 — Turbé de Chehzadé
Fig. 28 — Mosquée d’ibrahim Pacha à la porte de Silivri
mobiliers, mais que dire des panneaux entiers de faïence arrachés des murs des mosquées et des autres édifices, que l’on dérobe pour les écouler dans les pays étrangers. Nous pensons qu’il serait utile d’énumérer,
Fig. 29 — Mosquée de Zal Mahmoud Pacha à Eyoub
par exemple les faïences turques exposées actuellement dans les musées de Berlin. Elles sont enrégis-trées dans un catalogue officiel indiquant leur lieu de provenance, et donnant la reproduction photographique de quelques unes d’entr’elles qui viennent, à peu près, toutes de Stamboul :
Pièces d’ornementation du mihrab de la mosquée verte et de la porte du turbé vert à Brousse. — Deux grands panneaux de tympans de fenêtres provenant de la mosquée de Pialé-Pacha.— Grands panneaux du turbé de Chehzadé, et de celui de Sultan Sélim 1er. — Deux panneaux des turbés du Sultan Sélim II et du Sultan Mourad III, tous les deux à Aya-Sophia. — Un grand panneau du turbé d’Eyoub. — Une grande bordure et un panneau de la mosquée de Takiédji. — Un grand et important panneau ainsi qu’une bordure de pillier de la mosquée de Sultan Ahmed.— Des panneaux et bordures du Keuchk de Bagdad au Vieux Sérail et de la mosquée Yéni-Djami.
Cette liste est extraite des détails contenus dans le catalogue indiqué plus haut, publié il y a 25 ans. Nous savons comment on vola la plupart de ces objets précieux.
Fig. 30 — Mosquée de Zal Mahmoud Pacha à Eyoub
Il y avait autrefois à Stamboul, un dentiste très connu du nom de Dorigny. Cet homme réparait aussi des faïences. L’un de nos hauts fonctionnaires de cette époque qui avait grande confiance en lui, l’avait chargé de réparer les faïences de différentes mosquées. Ce dentiste criminel, abusant de cette confiance, arracha ces faïences et mit à leur place des plaques de plâtre peint. La chose fut constatée dans la suite, mais c’était trop tard. Je ne me souviens pas que Dorigny ait subi une condamnation quelconque. A cette époque là il y avait les capitulations! C’est une drôle de coïncidence, que 25 ans plus tard, on arrêta un autre dentiste son émule, pendant qu’il était en train de voler les faïences qu’il avait enlevées aussi des murs du turbé d’Eyoub. Nous avons ainsi subi de très grandes pertes dans notre art turc.
* * *
Celui qui a laissé le premier un petit ouvrage sur les mosquées de Stamboul est l’architecte Sinan luimême. Son livre est composé de deux opuscules en turc de 72 pages imprimées : le «Tezkeretül bunyan» qui est son autobiographie,
Fig. 31 — Turbé de Zal Mahmoud Pacha
et le «Tezkeretül ebniye» ou le dénombrement de ses propres constructions. Nous en parlerons plus loin à l’occasion de la description
Fig. 32 — Mosquée de Silahi Mehmed Bey en face de Zal Mahmoud Pacha à Eyoub
de son tombeau. Ce fut ensuite Evlia Tchélébi qui parla plus en détail des grandes et des petites mosquées de Stamboul, dans son ouvrage de voyages commencé en 1631 (H.1041), tome premier, imprimé à Stamboul, où il a consigné ses renseignements. Après cet ouvrage vient le Hadikatül-djévami que nous avons déjà mentionné plus haut.
Nous devons aussi citer l’ouvrage intitulée «Usulü Mimarii Osmani», l’Architecture Ottomane, imprimée à Stamboul et publiée par les
soins du ministère des travaux publics pour l’exposition internationale ouverte à Vienne en 1873. Ce livre de grand format est édité en langues, turque, française et allemande, avec environ 190 planches dont une quinzaine en couleur. Quoiqu’il ait été écrit il y a 60 ans et qu’il contienne des erreurs architecturales dans ses théories, on peut le considérer toutefois comme une œuvre assez importante. Parmi les étrangers, ce fut de Hammer qui, le premier, dans le premier tome de son livre «Kons-
Fig. 33 — Mosquée d’Ahmed Facha à Topkapou
tantinopel und der Bosporus», publié en 1822, a enrégistré et expliqué dans l’ordre ci-dessous indiqué, les 136 monuments culturels de Stamboul qu’il a extraits d’Evlia Tché-lébi : Les mosquées impériales et les églises converties en mosquées lors de la conquête, au nombre de 24 ; les mosquées de grands vézirs, 8; les mosquées de vézirs, 18; les mosquées des grands dignitaires religieux, des princes impériaux et des notables, 24 ; les mosquées élevées par des corporations, 6 ; les mosquées qui ne portant pas le nom de leur fondateur, mais celui d’un quartier, 6 ; les mosquées édifiées au nom de femmes, 4 ; les mesdjids, 36 ; soit en tout 136.
De Hammer dans son ouvrage en allemand intitulé Histoire de l’Empire Ottoman (traduite en français par J. Hellert et imprimée de 1835 à 1841), ajoute avec certaines modifications à la fin du vol 18 de la traduction, aux 877 mosquées empruntées à Hadika, aussi 275 médressés.
Nous ne pouvons malheureusement pas donner une bibliographie, dans cette brochure, des publications des anciens voyageurs euro-
Fig. 34 — In , Pacha
péens qui parlèrent des mosquées de Stamboul, ni de celles des monographies publiées dans ces derniers temps, soit par des savants turcs ou étrangers. Cependant, parmi ces travaux nous devons en citer deux. L’un est le grand ouvrage en allemand «Die Bankunst Konstantinopels», publié il y a 20 ans par le professeur Gurlitt. Des deux volumes de cette importante publication, le premier forme le texte et le deuxième contient 206 planches. L’autre ouvrage est une étude publiée par M. le professeur Gabriel, directeur de l’Institut archéologique français de Stamboul. C’est un travail de 46 pages, avec des planches et des illustrations dans le texte, paru sous le titre de «Les mosquées de Constantinople» dans la revue Syria, fascicule de 1926. Dans de pareils ouvrages sur l’architecture, ce qui importe le plus ce sont les plans des édifices, et M. Gabriel s’est attaché à les donner exactement autant que possible. Il est vrai que nous aurions désiré y trouver aussi des coupes et des détails en projections, mais on ne peut les exiger dans un tel résumé. En tous cas, cette dernière publication est
Fig. 35 — Mosquée de Sinan Pacha à Béchiktache
importante par l’ensemble des mosquées qu’elle donne et par la comparaison de leurs plans.
Parmi les 42 mosquées que l’auteur étudie au commencement de l’ouvrage, comme monuments turcs, les 30 sont à Stamboul même, les 5 à Eyoub, les 3 sur la côte Nord de la Corne d’Or et les 4 à Skutari. Il a fixé sur un croquis cartographique seulement l’emplacement des mosquées de Stamboul. En considérant leurs plans, M. Gabriel a fait un essai de classification des mosquées en les répartissant en six types. Nous donnons, tels quels, les croquis qu’il a tracés de ces types (fig. 3). Il appert de l’étude de ces plans que les coupoles et l’emplacement des demi-coupoles qui sont autour, leur nombre, et les dimensions des petites coupoles qui les accompagnent, furent les facteurs déterminants de la classification. A la tête du premier type, on trouve la mosquée de Mahmoud Pacha qui est actuellement la plus ancienne de Stamboul. Après avoir défini som-
Fig. 36 — Cour de la Mosquée de Sinan Pacha
mairement, à l’aide d’un plan, les mosquées qui entrent dans les ty" pes indiqués, et après avoir montré dans les planches la vue extérieure et parfois aussi l’intérieure des plus importantes parmi elles, il fait une discussion des constructions de ces mosquées dans un chapitre intitulé «évolutions des types monumentaux». Je laisse à nos architectes le soin de l’étude et de la critique de ses théories.
On pourrait peut-être ajouter encore comme autre type, les mosquées octogonales à coupole unique telles que celles de Keuprulu, de Kara Moustapha Pacha de Merzifon, et parmi les plus, récentes, celles de Hirkaï-Chérif et de plusieurs autres édifices, toujours de petites dimensions.
Nous n’avons pas soumis à une classification architecturale déterminée les mosquées que nous avons enregistrées dans ce livre; nous les avons rangées chronologiquement d’après leur date de construction. Parfois, nous avons noté également, les médressés, les fontaines et les turbés rattachés aux mosquées décrites. Nous avons encore ajouté à la fin de l’ouvrage quelques unes
Fig. 37 — Intérieur de la mosquée de Sinan Pacha
des églisesconverties en mosquées.
Sur ma prière, Monsieur E. Mamboury, professeur au Lycée de Galata Saray a bien voulu entreprendre la traduction en français de l’édition turque de ce livre, pensant que les étrangers qui s’intéressent à nos monuments pourront le consulter avec quelque profit. Monsieur Mamboury est un de ceux qui connaissent le mieux les monuments et antiquités de notre ville. D’ailleurs au cours de la rédaction du texte en turc je n’avais pas manqué de consulter son ouvrage paru en langues turque, française, an
glaise et allemande, et intitulé «Guide touristique de Stamboul», qui renferme des renseignements importants, souvent nouveaux, avec beaucoup d’illustrations. Je lui dois aussi le croquis du plan de la ville donnant l’emplacement de tous les monuments décrits.
A l’occasion de cette traduction j’ai fait un examen minutieux du texte original et je l’ai augmenté encore de quelques mosquées intéressantes et de nombreuses photographies inédites. Le nombre total des monuments décrits se monte ainsi à 65. Quelques unes des nou-
Fig. 38 — Mosquée Suleïmanié, vue générale
velles photographies ont été gracieusement mises à ma disposition par la direction des Evkafs et par celle du Musée des antiquités. Tout le reste a été exécuté, cette fois encore, par les soins de l’atelier Sébah et Joaillier. Je tiens à remercier, à ce sujet, l’effort de l’éditeur llyas Bey de la Librairie Ka-naat.
Janvier 1934 Halil Ethem
1 - MOSQUEE D’EYOUB
Plan : B. 14.
Le quartier d’Eyoub se trouve au bord de la Corne d’Or et hors des murs de la ville. Quoique cette mosquée, dans son état actuel, ne soit pas la plus ancienne, nous la mettrons quand même au commencement,
Fig. 39 — Intérieur de Suleïmanié
car sa première construction date de 1458 (H.863). Mehmed II le Conquérant éleva d’abord le tombeau d’Eyoub Ensari, le porte étendard du Prophète, puis, en face, la mosquée (fig. 4 et 5). Evlia Tchélébi donne quelques détails sur ce premier lieu de culte. Nous n’avons pas
Fig. 40 — Mosquée de Suleïmanié, le mihrab avec le minber
rencontré de renseignements relativement au fait que la mosquée aurait été détruite par le tremblement de terre de 1766 (H. 1179), en même temps que la mosquée de Fatih. De toute façon, comme elle était, sous le règne de Sélim III, en état de ruine complète, on l’a entièrement démo lie en 1798 (H. 1213), en laissant toutefois les deux minarets. D’après ce que dit Hadika, on commença la nouvelle construction strictement sur le plan ancien et elle fut terminée en 1800 (H. 1215). Cette
Fig. 41 — Cour de Suleïmanié en réparation
reconstruction est confirmée par une longue inscription sur la porte. A cette occasion, quelques modifications furent apportées aux environs immédiats de la mosquée. Le turbé fut de nouveau réparé en 1819 par Mahmoud IL En ce qui concerne le plan de la mosquée actuelle, le compartiment du mihrab fait une saillie en dehors ; la coupole centrale, autour de laquelle on voit 8 demi-coupoles, dont 4 grandes et 4 petites, repose sur des arcs soutenus par 8 colonnes. Le rivak, ainsi que les deux portiques latéraux adjacents sont couverts de coupoles. C’est ici que les sultans ottomans, lors de leur avènement au trône, étaient ceints du glaive en grande cérémonie.
Le quartier d’Eyoub, généralement appelé «Eyoub Sultan» est, pour ainsi dire, la véritable cité des morts ; elle contient des monuments funéraires les plus variés et les plus intéressants, tant par leur architecture et leur décoration artistique que par leur valeur historique. Dès la conquête de Stamboul, et particulièrement par la construction du turbé et de la mosquée, cet endroit prit un caractère sacré ; et, c’est pour cette raison, que de vastes cimetières se formèrent autour du sanctuaire. 11 est donc bien regrettable que tous
Fig. 42 — Turbé de Sultan Suleïman Ier
ces monuments soient si mal entretenus. Le turbé d’Eyoub lui-même, comme rous l’avons dit dans la préface, n’a pas été malheurement à l’abri des attentats de mains criminelles. Cet ensemble unique constitue un champ d’étude des plus riches pour nos artistes et nos historiens.
Fig. 43 — Turbé de Hasseki Sultane (Roxalane)
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2 — MOSQUÉE DE MAHMOUD PACHA
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Plan : F. 6.
Sous sa forme actuelle, c’est la plus vieille mosquée de Stamboul. L’inscription arabe de la porte donne la date de 1463 (H. 868,) comme année de construction. Le fondateur, Mahmoud Pacha, le grand vézir de Mehmed II, est mort par exécution en 1474 (H.879). D’apres son plan elle ressemble à certaines mosquées de Brousse, notamment à celle de Mourad II. Elle possède deux coupoles centrales élevées, flanquées, longitudinalement de chaque côté, de trois petits coupoles. Intérieure
ment, de chaque côté de l’entrée, il y a deux compartiments à coupoles que l’on regarde à tort comme étant le médressé, parce que le médressé de Mahmoud Pacha se trouvait non loin de la mosquée ; il a été démoli dernièrement étant déjà en ruine. Le rivak consiste en un portique à cinq travées de coupoles. En l’examinant attentivement, on comprend que ses arcs ainsi que le mur de façade en marbre ont été construits postérieurement. Les colonnes du portique primitif ont été
Fig. 44 — Vue d'ensemble du tombeau de l’architecte Sinan après la restauration de 1933
remplacées par des piliers fort laids ; mais il se peut aussi que ces colonnes aient été pour leur consolidation recouvertes par une maçonnerie (fig. 6). La rampe en bois de la loge impériale a été établie postérieurement. Dans le petit cimetière du côté du mihrab, se trouve le tombeau de Mahmoud Pacha dont les murs en pierre de taille sont incrustés de mosaïques de faïence. Parmi les monuments de Stamboul, on n’en trouve aucun autre qui lui soit semblable. L’inscription relatant les réparations de la mosquée, près de la porte, donne la date de 1785 (H. 1199). C’est probablement après le tremblement de terre de 1766 qu’elle fut réparée. Le magnifique bain à haute coupole se trouvant dans la rue en pente de ce nom et construit par Mahmoud Pacha, porte dans son inscription l’année 1466 (H.871).
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3 — MOSQUÉE DE FATIH MEHMED II
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Plan : D. 7. 8.
La mosquée actuelle de Fatih n’est pas celle qui fut construite par Mehmed II ; il est connu qu’elle fut édifiée dans sa forme présente
Fig. 45 — Les fenêtres du turbé de l’architecte Sinan avec l’épitaphe
sous le règne de Moustafa III, après le terrible tremblement de terre de 1766, qui ébranla à tel point l’ancienne construction que pour la réédifier, on fut obligé de la démolir jusqu’à ses bases. L’architecte de cette nouvelle construction est Hadji Ahmed Halifé et les intendants des travaux furent Sarim Ibrahim Pacha et Izzet Mehmed Bey. Le maître constructeur s’appelait Keur Yani. Elle fut terminée en trois année et onze mois. La consécration eut lieu en 1771 (H. 1185), de ce fait, la mosquée que l’on voit aujourd’huit date de 162 ans (fig. 7). Au début du XVIIIe S. on avait déjà commencé à employer à Stamboul des architectes chrétiens et des décorateurs italiens. Cela marque la période de la décadence dans l’architecture turque. L’inscription concernant la construction de la première mosquée de Fatih existe encore sur la porte principale ; d’après elle, la mosquée fut commencée le 21 février 1463 (H. Djémaz II. 867) et achevée au mois de décembre 1470 (H. Rédjeb 875). Sa position, sa forme générale, et son style architectural ont donné lieu à tant de controverses qu’il n’est pas
Fig. 46 - Édicule où repose l’architecte Sinan (pendant la restauration de 1933)
possible ici de les discuter. Il est certain que sur l’emplacement de la mosquée actuelle, se trouvaient l’église byzantine des Saints Apôtres et le mausolée des empereurs. Il y a même des auteurs qui disent qu’elle a été à peu près exactement construite sur une partie des soubassements de l’église, mais ce n’est qu’une supposition, vu que l’emplacement de l’église des Saints Apôtres n’a pas encore été tout à fait déterminé et que même des auteurs prétendent qu’elle était située plus au Sud. Cette église ainsi que le mausolée des empereurs qui y était rattaché, étaient déjà, bien longtemps avant la prise de la ville par Fatih et d’une manière générale, dans un état de ruine. Hadika ne dit presque rien sur la forme de la mosquée primitive, mais, dans Evlia Tchélébi, on trouve des renseignements assez détaillés à ce sujet. La légende d’après laquelle la première mosquée aurait été construite à l’imitation de Ste. Sophie par l’architecte byzantin Christodoulos est de Démètre Cantémir, voïvode de Valachie, qui a écrit une Histoire de l’Empire ottoman. Il ne faut pas prendre cette légende au sérieux,
Fig. 47 — Mosquée de Mihrimah Sultane à la porte d’Andrinople
parce qu’aux derniers temps de Byzance, on ne savait plus construire de grandes coupoles. Les Turcs, par contre, avant la prise de Stamboul, avaient déjà élevés, à Andrinople et à Brousse et antérieurement les Seldjoukides à Konia, des constructions recouvertes de grandes coupoles. Par conséquent, il n’y avait pour eux aucune nécessité de s’adresser à un architecte étranger. En effet, l’architecte de la mosquée primitive est connu. Sa tombe de style ancien se trouve dans le jardin du Koumroulou mesdjid non loin de Fatih. L’épitaphe d’une écriture très enchevêtrée a été déchiffrée par Hafiz Kémal Bey. Elle porte le nom «Sinan» l’architecte et la date de sa mort du 3 septembre 1471 (H. 17 Rébi 1. 876). Pour le différencier du grand Sinan, l’architecte du Sultan Suleïman I, on l’appelle quelquefois Atik Sinan, le terme «atik» n’ayant pas ici le sens étymologique «d’esclave» mais «d’ancien». La tombe d’Iyas, que l’on considère aussi comme l’architecte de Fatih, se trouve dans le cimetière du mesdjid de saradj-hané situé dans les parages de Fatih. Sur sa pierre tombale se lit : Maître architecte lyas et la date du 13 avril 1487 (H. 18 rebi II 892). Le fait
Fig. 48 — Mosquée de Rustem Pacha
que le sultan Mehmed II, ait choisi pour la mosquée et le tombeau qui allaient être fondés en son nom l’emplacement d’une église considérée comme très sacrée par les Byzantins, constitue le symbole de la victoire qu’il a su remporter.
Si l’on considère la forme et les dimensions de la mosquée d’aujourd’hui, l’exécution d’un monument si fastueux datant seulement de 162 ans, nous cause de l’étonnement ; le plan ressemble à ceux des mosquées de Chahzadé, de Sultan Ahmed et de Yéni-Djami, c’est-à-dire, une haute coupole, épaulée selon les deux axes de l’édifice par une demi-coupole, s’appuyant sur 4 arcs formerets qui reposent sur quatre gros piliers, et complétée dans chacun des quatre angles du carré par un petit dôme. La mosquée est précédée à l’Ouest
Fig. 49 — Intérieur de la mosquée de Rustem Pacha
par une vaste cour carrée entourée d’une colonnade. Les colonnes du rivak sont de hauts monolithes de granit. Le mur de la cour qui regarde l’Ouest a, extérieurement, dans les tympans des fenêtres, des inscriptions coraniques d’une technique que l’on ne voit guère ailleurs : Les lettres sont taillées en relief très haut dans le marbre. Les parties creuses ont un remplissage de fragments de pierres de différentes cou-
Fig. 50 — Intérieur de la Mosquée de Sokollou Mehmed Pacha
leurs. Nous croyons que ces inscriptions datent de la mosquée primitive. Au milieu de la cour se trouve une fontaine à ablutions, et des deux côtés de la porte principale, un minaret à deux balcons. Comme dans beaucoup de mosquées du XVIIIe S, il y a une rampe couverte pour monter à la loge impériale. Du côté Est de la mosquée et extérieurement se trouvent le tombeau de Mehmed II, et celui de son épouse
Fig. 51 — Cour de la Mosquée de Sokollou Mehmed Pacha
Gulbahar Hatoun datés de 1782 (H. 1196). La riche bibliothèque de manuscrits, attenante à la mosquée et dite de Fatih, est une fondation de Mahmoud Ier ; elle est datée de 1742 (H. 1155).
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4 — MOSQUÉE DES AGAS AU SÉRAIL DE TOP-KAPOU
Plan : H. 6.
Le palais appelé aujourd’hui palais de Top-Kapou et «Vieux-Sérail» par les Européens portait au début le nom de Yéni-Saray, Nouveau Palais. 11 contenait un certain nombre de mosquées dont la plus grande est celle qui est connue sous le nom de «Mosquée des Agas». Elle est située à côté de Khas-Oda, c’est-à-dire la Chambrée des gardiens du sanctuaire contenant le manteau du Prophète et d’autres reliques. Il est possible que la dite mosquée soit une construction de sultan Mehmed II, élevée entre 1462 et 1472.
Le plan est constitué par un grand rectangle recouvert d’une haute voute en berceau (fig. 8). Mais il sem-
Fig. 52 — Mosquée de Pialé Pacha, avant 20 ans
ble, d’aorès une étude faite par le traducteur de ce volume, que ce bâtiment était à l’origine à plan carré et à une coupole flanquée de deux bas côtés latéraux recouverts par de petites coupoles, et qu’il n’a pris la forme actuelle qu’après une restauration postérieure, mais ancienne. Etant fortement détériorée, il y a quelques années, quand le Palais passa sous l’administration des Musées, cette mosquée fut réparée et les bibliothèques dispersées dans le Sérail y furent réunies. Elle porte aujourd’hui le nom de «Nouvelle Bibliothèque». A cet édifice sont rattachées, une mosquée à toiture en bois à double pente du côté du Harem, et une autre, toute petite, actuellement transformée en salle de lecture de la bibliothèque. Les murs de cette dernière salle sont décorés de belles faïences du début du XVIIe S.
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5 — MOSQUÉE DE MOURAD PACHA
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Plan : D. 5.
Située à Aksaray. D’après le chronogramme de l’inscription arabe qui est sur la porte, elle daterait de 1471 (H. 876), donc de la
Fig. 53— Mosquée de Pialé Pacha, état actuel
même date que la première mosquée de Fatih. Comme plan, elle ressemble à la mosquée de Mahmoud Pacha, c’est-à-dire qu’elle a dans l’axe de la porte deux coupoles flanquées latéralement de deux petites coupoles de chaque côté, et que le rivak à six colonnes, a cinq travées de coupoles (fig. 9). Le minaret est à droite de la porte. Non loin de la fontaine aux ablutions, un médressé à portique bas est rattaché à la mosquée. Mourad Pacha, vézir de Mehmed II, mourut en 1474 (H.879).
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6 - MOSQUÉE DE ROUMI MEHMED PACHA
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Plan : K. 9.
Cette vieille mosquée est située à Skutari sur les hauteurs derrière Chemsi Pacha. Construite sur un plan rectangulaire, elle est couverte par une coupole à fenêtres et par une demi-coupole de même diamètre au-dessus du mihrab; cette dernière a aux angles des trompes sphériques soutenues par de petits pendentifs à stalactites. De chaque côté, au Nord et au Sud, extérieurement, la mosquée est flanquée de deux
Fig. 54 — Intérieur de la mosquée de Pialé Pacha (d’après une ancienne photographie)
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petites salles à deux coupoles chacune. Le rivak de l’entrée est formé aujourd’hui d’un auvent à six colonnes ; ces dernières portaient à l’origine des travées à coupoles qui ont disparu (fig. 10). Le dallage de l’édifice est à trois niveaux de faibles différences. La partie supérieure du bâtiment est en brique ; le reste est en pierre de taille bien appareillée. Cette mosquée se rattache aux mosquées de Brousse seulement par les salles latérales. Le fondateur Mehmed Pacha fut un des Vézirs de Fatih Sultan Mehmed II. Quelques historiens prétendent qu’il fut même grand vézir pour un temps très court, et qu’il aurait été exécuté en 1474 (H. 879). Son turbé, de forme ortogonale, est à côté du mihrab de la mosquée. Sur la porte principale de la mosquée se trouve une inscription en arabe dont le chronogramme donne la date de construction, soit 1471 (H. 876).
A Tiré, dans la province de Smyrne, il y a aussi une belle mosquée du même Mehmed Pacha datée de 1474 (H. 879).
Fig. 55 — Mosquée de Pialé Pacha du côté des portes intérieurement
7 — MOSQUÉE DE DAVOUD PACHA
Plan : C. 5.
Elle est située sur la route de la porte de Silivri. Son plan carré est surmonté d’une coupole aveugle flanquée latéralement, comme à Mourad Pacha, de deux petites coupoles de chaque côté (fig. 11). L’abside du mihrab forme une saillie en dehors. Lorsque le rivak à cinq travées de coupoles se fut écroulé, on le ferma avec un mur simple. Du côté du mihrab, extérieurement, se trouve un turbé à coupole, qui est en ruine. Sur les murs, des lézardes se sont faites. En face, de l’autre côté de la rue, il y a un beau médressé abandonné, complètement en ruine, dans la construction duquel on a employé quelques chapiteaux byzantins qui sont remarquables. Dans l’hiver 1931-1932, deux coupoles du portique se sont écroulées. D’après son inscription, la date de la construction de la mosquée est 1485 (H.890). Le fondateur, Davoud Pacha, vézir des règnes de Mehmed II et de Bayazid II, et qui fut même grand vézir pendant quinze ans, mourut en 1498 (H. 904).
Fig. 56 — Turbé de Piale Pacha
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8 — MOSQUÉE DE EIROUZ AGA
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Plan : G. 5.
Située sur la rue Divanyolou, à l’angle qui regarde l’Hippodrome, ou place de Sultan Ahmed. Elle est à plan carré recouvert d’une coupole aveugle élevée sur quatre murs. Le rivak est couvert de trois travées de coupoles. Ici, c’est à gauche de la porte, par exception, que se trouve l’épais et beau minaret (fig. 12). L’inscription arabe de la porte donne la date de construction de 1491 (H.896); elle a été écrite par le célèbre calligraphe Cheikh Hamdoullah. Firouz Aga, le fondateur de cette mosquée, fut trésorier en chef de Bayazid II. Sa tombe en marbre, en forme de sarcophage, est située sur la terrasse de la mosquée. La date de sa mort est 1512 (H. 918).
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9 - MOSQUÉE D’ATIK ALI PACHA
Plan : F. 5.
On l’appelle aussi la « mosquée des travailleurs de la nacre.» Elle se trouve près de la Colonne Brulée. La date de sa construction est
Fig. 57 — Mosquée de Hadji Evhad
1496 (H. 902). C’est une des constructions les plus parfaites de Stamboul. Le fondateur fut Hadim (ou l’eunuque) Ali Pacha surnommé Atik
Fig. 58 — Porte d’entrée du turbé de Sélim II à Aya Sophia
(qui veut dire l’ancien), grand vézir de Bayazid II, est décédé en 1511 (H.917). Le plan de la mosquée est rectangulaire avec une demi-coupole sur l’abside du mihrab qui fait directement saillie en dehors (fig. 13). La haute coupole centrale s’appuie sur des arcs qui reposent sur deux gros piliers latéraux. Sur les deux côtés de la coupole, au Nord et au Sud, on voit deux petites coupoles. Le rivak contient six colonnes et cinq travées de coupoles. Le minaret est à droite de l’entrée. Atik Ali Pacha a construit encore la mosquée de Zindjirli Kouyou et il a conservé l’ancienne église dite Kariyé Djami.
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A Divanyolou, après Atik Ali Pacha, du côté des ateliers des travailleurs de la nacre, il y a quelques monuments importants à signaler. Un groupe est constitué par le médressé et par le grand tombeau à 16 pans de Sinan Pacha, mort en 1595 (H. 1004) ; conquérant du Yémen, il fut en outre chargé cinq fois du grand véziriat sous les Sultans Mourad III et Mehmed III. Le sébil qui se trouve devant le tombeau, porte une inscription qui indique qu’il fut élevé par l’architecte en chef, Davoud Aga, en 1593 (H. 1002) ;
Fig. 59 — Intérieur du turbé de Sélim II à Aya Sophia
elle laisse aussicomprendre que cet architecte a fait également le tombeau. Davoud Aga avait aussi travaillé à Yéni-Djami.
Un peu plus loin se trouve la mosquée du grand vézir Ali Pacha de Tchorlou que nous verrons ensuite. En face de celle-ci et for
mant une saillie dans la rue, on voit, ornés de grands arbres, le médressé, la petite mosquée et le sébil de Kara Moustafa Pacha de Mersifon, portant les dates de 1669 (H. 1080) et 1690 (1102). Kara Moustafa Pacha a assiégé Vienne en 1683.
10 - MOSQUÉE DE ZINDJIRLI KOUYOU
Plan : C. 9.
On l’appelle aussi mosquée d’Eski Ali Pacha, ou de Karagumruk. Elle se trouve près de la mosquée de Yéni Nichandji, non loin de la rue de la porte d’Andrinople. Hadika lui donne le même fonda-
Fig. 60 — Bain double d’Aya Sophia
Fig. 60 — Bain double d’Aya Sophia
dateur qu’à la mosquée qui se trouve à Tchemberli Tache ou Colonne Brûlée. Atik Ali Pacha, qui vécut au temps de Bayazid II, mourut en 1511 (H. 917). On rencontre rarement à Stamboul le style constructif de cette mosquée ; n’ayant pas de coupole centrale, elle est recouverte par six coupoles en deux rangées (fig. 14). Les murs sont composés de lits alternés de pierres taillées et de briques ; les coupoles sont basses et aveugles. Pour porter spécialement les arcs qui soutiennent les coupoles, il y a au milieu de la mosquée deux énormes piliers. Le minaret est à droite. La mosquée de Pialé Pacha à Kassim-Pacha est la seule qui lui ressemble à Stamboul. Immédiatement derrière la mosquée se trouve le turbé du célèbre calligraphe Rakim mort en 1825 (H. 1241). Les inscriptions de l’édifice sont écrites par lui-même. Dans ces parages, sur la petite place de Zindjirli Kouyou, on peut citer encore la mosquée de «Utch-Bache» et son médressé dont l’inscription de la porte est datée de 1532 (H. 939).
11 - MOSQUÉE DE BAYAZIT
Plan : F. 5-6.
Commencée en 1501, (H. 906) elle fut terminée en 1505 (H.911). C’est un de nos plus beaux monuments (fig. 15). La distance extraor-
Fig. 61 — Revêtement de faïence de l’intérieur de la bibliothèque d’Aya Sophia
Fig. 62 — Revêtement de faïence de l’intérieur de la bibliothèque d’Aya Sophia
dinaire qui sépare les deux minarets est de 87m. Le plan est carré et la coupole centrale repose sur des arcs formerets supportés par quatre pi-
Fig. 63 — Sébil de Sultan Ahmed III
liers et deux épaisses colonnes.
Du côté du mihrab, ainsi que de celui de la porte principale, il y a une demi-coupole ; sur chacun des deux autres côtés règne une série de quatre petits dômes parallèles à l’axe longitudinal. A droite et à gauche de la face de l’entrée et dans ses prolongements, on voit en saillie deux compartiments couverts chacun de cinq travées de coupoles. Ce ne sont pas comme on le croit parfois des médressés, ils font partie intégrante de la mosquée. Du côté sud, contiguë à ce prolonge-
ment, il y a l’importante bibliothèque du Cheikh-ul-Islam Véliyeddîn Efendi. La cour entourée de portique, tant au point de vue de ses nobles proportions qu’à celui de sa riche décoration, est d’un art exquis (fig. 16). Comme architecte on donne Hayreddîn. Le turbé de Bayazid s’élève dans le jardin qui se trouve du côté du mihrab, et sur la place, on voit le medressé qui a été assigné dans ces derniers temps, à un musée de la révolution et à la bibliothèque municipale ; ce médressé a été ainsi sauvé de la ruine par une excellente restauration.
Fig. 64 — Mosquée d’Azab Kapou
12 - MOSQUÉE DE BALI PACHA
Plan : C. 7-8.
Bali Pacha fut un des vézirs de Bayazid II et le mari de la Sultane Huma Hatoun fille de celui-ci. La construction de la mosquée n’ayant pu être terminée pendant sa vie, son épouse la compléta et l’acheva en 1504 (H. 910). On raconte, qu’à cet effet, elle dépensa 15000 pièces d’or. Bien qu’elle soit mentionnée sur la liste des oeuvres de l’architecte Sinan, on ne comprend pas comment elle a pu la construire, étant donné que lui-même n’est venu à Stamboul qu’en 1512 (H. 918), sous le règne de Sélim Ier. Peut-être l’a-t-il réparée et restaurée. Aujourd’hui, la coupole s’étant entièrement écroulée et le portique et le minaret ayant été démolis, elle se trouve à l’état de ruine. C’est une construction digne d’être conservée, (fig. 17).
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La mosquée de Bali Pacha est située en contre-bas de celle de Fatih, près du quartier de Yénibag-tché. Un peu plus bas encore, s’élève le turbé de Husrev Pacha, un des plus importants mausolées de
Fig. 65 — Intérieur de la mosquée d’Azab kapou
l’architecte Sinan. L’endroit oû il se trouve s’appelle aussi le marché de Husrev Pacha. Cette construction octogonale a deux séries superposées de fenêtres ; elle est recouverte d’une coupole qui repose sur un tambour également octogonal. La corniche qui règne tout autour et les écoinçons des fenêtres ont été exécutés avec un très grand soin (fig. 18). L’inscription de la porte donne la date de 1545 (H.952). Etant vézir de Suleïman le Législateur, ce Husrev Pacha eut un jour une dispute avec le grand vézir Suleïman Pacha devant le Sultan ; à la suite de celle-ci, tous les deux furent destitués. Husrev Pacha en fut tellement affecté qu’il s’enferma dans sa maison et se soumit à une grève de la faim ; après dix-sept jours, il mourut d’inanition. Dans l’histoire turque on connaît plusieurs personnages qui se sont suicidés, mais on ne peut rencontrer chez aucun d’eux le mode de suicide employé par Husrev Pacha : Yildirim Sultan Bayazid Ier par exemple, s’empoisonna, pendant sa captivité auprès de Timourlenk. Pir Ahmed, prince de Karaman, cerné par les Osmanlis se jeta du haut d’un rocher abrupt en 1474. Le grand vézir Alemdar Moustafa Pacha se tua en faisant sauter un dépôt de poudre en 1808 (voir plus bas la
Fig. 66 — Sébil de Mahmoud Ier à Azap kapou, avant d’étre ruiné
mosquee de Zeyneb Sultane). Le Sultan Abdul-Aziz, en 1876 et son fils ainé Yousouf Izzédîn en 1916 se suicidèrent en se coupant les artères.
13 — MOSQUÉE D’ISKENDER PACHA
Plan : D. 8.
Située dans le quartier incendié, derrière la bibliothèque dite Millet Kutubhanési à Fatih ; elle est inscrite dans Hadika sous le nom de
Fig. 67 — Sébil d’Azab kapou losqu’on voulait le réparer
mesdjid de Terkim(?). D’après son acte de fondation daté de 1505, (H. 911) elle appartient au siècle de Bayazid II. Son plan est carré avec une coupole aveugle. Le rivak de l’entrée a trois travées de coupoles. Le minaret est à droite de la porte (fig. 19). Elle est en ruine. Sur la personnalité d’Iskender Pacha nous n’avons trouvé aucun renseignement. D’après Hadika son tombeau serait à Vizé, province d’AndrinopIe.
En face de cette mosquée, il y a une jolie fontaine de Sultan Mahmoud Ier , à demi-ruinée, portant la date de 1748 (H. 1161). Toutes les fontaines de Mahmoud Ier comme celles d’Ahmed III, sont de style roccoco. Quelques-unes sont mieux décorés que d’autres, par exemple, la fontaine de Béréket Zadé à Galata, datée de 1732 (H. 1145), est une des plus belles. Ces monuments montrent l’influence de l’art italien.
14 — MOSQUÉE DE DJÉZÉRI KASSIM PACHA
Plan : B. 13.
Cette mosquée qui se trouve à Eyoub possède une coupole sur un
Fig. 68 — Sébil d’Azab kapou, son état actuel
plan carré. Le rivak est à trois travées de coupoles et l’on entre dans la mosquée par la travée de droite. (fig. 20). Les murs sont formés de lits alternés de pierre taillée et de brique. Il n’y a pas d’inscription ancienne dans cette mosquée ; Ha-dika donne la date de construction de 1515 (H.921). Il y a seulement, à la porte, une inscription de réparation en 1822 (H. 1238). A l’intérieur de la mosquée, la date de 1726 (H. 1138) est donnée deux fois: l’une à droite du mihrab, et l’autre sur un carreau de faïence représentant la Kaaba, placé au-dessus de la fenêtre, à gauche du mimber en bois, et où est écrit l’année 1726 (H. redjeb 1138), et le nom de Mehmed fils d’Osman de Nicée qui dédia cette plaque. Par conséquent, elle constitue un document comme date et signature pour les faïences de Nicée. Hadika dit que le fondateur de la mosquée est Kassim Pacha, vézir de Sélim Ier, qui est mort en 1543 (H.950) à Brousse. Son pseudonyme comme poète turc est Safi.
Fig. 69 — Mosquée de Chemsi Pacha
15 - MOSQUÉE DE SULTAN SÉLIM Ier
Plan : D. 9.
On l’appelle aussi «Sélimié Damii». Suleïman le Législateur la fit élever en souvenir de son père Sélim Ier. D’après l’inscription qui est sur la porte, elle fut terminée en novembre 1522 (H. muharrem 929). Par égard pour la mémoire de son père, Suleïman fit mettre dans cette inscription directement le nom de Sélim comme fondateur, tandis que sur l’inscription du turbé d’à côté, portant la même date, il est dit que c’est Suleïman qui l’éleva. L’architecte Sinan étant venu à Stamboul en 1512 (H. 918), cette mosquée doit donc être une de ses premières œuvres. Au point de vue architectural, elle comporte une haute coupole sur quatre murs formant en plan un carré flanqué des deux côtés d’une adjonction à neuf coupoles ; elle a deux minarets à un balcon chacun (fig. 21.) La cour à colonnades a trois portes.
Les deux côtés de la porte d’entrée du turbé de Sélim sont décorés de faïences très importantes qui montrent sur un fond bleu foncé des teintes turquoises jaunâtres et claires, puis un peu de rouge et de blanc. L’inscription surmentionnés qui se lit dans ces panneaux est également en faïence. Tout près se trouve aussi le turbé de Sultan Ab-
Fig. 70 — Mosquée de Kilidj Ali Pacha
dul Médjid mort en 1861 ; il n’a aucune valeur architecturale.
16 — MOSQUÉE DE HASSÉKI
Plan : C. 5.
Elle se trouve sur la rue allant d’Aksaray à la porte de Silivri. Avec son médressé, son hôpital, son imarette et ses autres dépendances, aujourd’hui tous désaffectés, elle constitue un ensemble de construction très important d’œuvres de Sinan. La fondatrice, Hasséki Hurrem Sultane, à laquelle les Européens donnent le nom de Roxelane, fut l’épouse de Suleïman le Législateur.
Construite en 1539 (H. 946), cette mosquée était primitivement une petite construction à une coupole. Ahmed Ier la fit élargir plus tard, en 1612 (H. 1012), en ajoutant du côté nord un compartiment à une
Fig. 71 — Intérieur de la mosquée de Kilidj Ali Pacha
coupole ayant les mêmes dimensions. Par suite de cet élargissement, on démolit le mur de séparation pour le remplacer par trois arcs supportés, un milieu par deux grosses colonnes. Le mihrab se trouve immédiatement derrière une de ces colonnes.
Les inscriptions, dans les tympans de la porte d’entrée et de la
porte de la salle des cours du médressé se trouvant en face de la mosquée, sont en magnifiques carreaux de faïence. Le médressé étant presque à l’état de ruine, on a enlevé ces panneaux de faïence, dont l’un porte la date susmentionnée, et on les a fixés sur le mur de la façade du Tchinili Keuchk au musée des antiquités (fig. 22 et 23).
17 — MOSQUÉE DE DEFTERDAR
Plan: C. 13.
Elle est située à Eyoub au débarcadère de Defterdar. Elle fut fondée par le directeur des finances Mahmoud Efendi Tchélébi nommé aussi «Nazli Mahmoud Efendi». C’est uue petite construction à une coupole. D’après l’inscription, elle fut élevée en 1541 (H.948). Le fon-
Fig. 72 — Sébil de Mahmoud Ier près de Kilidj Ali Pacha
dateur, qui était calligraphe, est enterré à côté de la mosquée dans un turbé ouvert (fig. 24). Il mourut en 1545 (H.952). La mosquée fut complètement réparée après le tremblement de terre survenu en 1766 (H. 1179).
18 — MOSQUÉE DE MIHRIMAH SULTANE A SKUTARI
Plan : K. 9.
Elle est appelée également «Iskélé Djamii», mosquée du débarcadère, comme aussi «Buyuk Djami», grande mosquée. C’est une fondation de la Sultane Mihrimah, fille de Suleïman le Législateur et femme de Rustem Pacha.
Elle fut construite en 1548 (H. 954) au bord de la mer de laquelle elle est aujourd’hui éloigné. C’est une des plus belles œuvres de l’architecte Sinan. Sa coupole ajourée de fenêtres, qui s’élève au-dessus de quatre murs, est épaulée sur les deux faces latérales et du côté Est par trois demi-coupoles ; les arcs
Fig. 73 — Mosquée Eski Validé à Skutari
formerets qui les supportent reposent sur deux gros piliers placés de côté du mihrab. Intérieurement, on voit encore six trompes d’angle et en plus, à droite et à gauche du mihrab, un petit dôme dans les angles. Le rivak a cinq travées de coupoles et huit colonnes ; au-devant de celui-ci, posé sur des arcs, règne un large auvent plafonné tel qu’on en voit souvent dans les mosquées situées sur des plates-formes surélevées. Elle possède deux minarets à un balcon (fig. 25).
Sur la place, devant la mosquée, se trouve la fontaine carrée à auvent plafonné d’Ahmed III, datée de 1726 (H. 1139). A la porte d’An-drinople s’élève également une belle mosquée de la même Sultane.
19 — MOSQUÉE DE CHEHZADÈ
Plan : E. 6.
Suleïman Ier la fit élever par l’architecte Sinan lors de la mort de son fils Mehmed survenue en 1543 (H. 950). Sa construction, commencée en 1544 (H. 951), fut entièrement terminée en 1548 (H. 955). On doit remarquer que beaucoup d’inscriptions placées sur les dé-
Fig. 74 — Intérieur de la mosquée Eski Validé à Skutari.
pendances de cette mosquée sont en langue persane. Le plan de la mosquée est de forme carrée ; la coupole centrale est épaulée, suivant les deux axes de l’édifice, par quatre demi-coupoles, et les quatre angles sont occupés par un petit dôme. Les arcs formerets soutenant les coupoles reposent sur de gros piliers ; il n’y a dans la mosquée aucune autre colonne. Les deux élégants minarets à deux balcons sont mieux décorés que ceux des autres mosquées (fig. 26).
Dans le cimetière du côté du mihrab, on peut voir de nombreux turbés dont le plus beau est celui du prince Mehmed ; de forme octogonale, il a été élevé avec un très grand soin par Sinan. La coupole et son tambour rond sont côtelés, et les faces extérieures de l’octogone sont décorées en mosaïques de pierres de différentes couleurs (fig. 27). A l’intérieur du turbé, au-dessus de la tombe du prince s’élève une estrade en bois sculpté simulant un trône. Sur les murs, des carreaux de faïence sans pareils, à fond jaune, montent jusqu’à la naissance de la coupole. A coté de ce turbé se trouvent ceux du grand vézir Rus-
Fig. 75 — Intérieur de la mosquée de Mehmed Aga
tem Pacha, d’Ibrahim Pacha et de divers autres personnages. Cet Ibrahim, gendre du Sultan et grand vezir de Mehmed III, mourut en 1601 (H. 1010) ; son turbé est intérieurement orné de magnifiques faïences. C’est une œuvre de l’architecte en chef Ahmed Aga.
20 - MOSQUÉE D’IBRAHIM PACHA
Plan : A. 5.
Elle est située tout près et en dedans de la porte de Silivri. L’eunuque Ibrahim Pacha, fondateur de cette mosquée, fut un des vézirs de Suleïman Ier le Législateur. Cette mosquée est à une coupole et ressemble à celle de Bali Pacha. Le rivale de l’entrée, qui est composé de cinq travées de coupoles, est aujourd’hui délabré (fig. 28). Le toit conique du minaret est démoli. C’est une construction de Sinan. La porte d’entrée est faite avec un art exquis. La date de sa construction est 1551 (H. 958). Mais il n’y a pas de date sur le tombeau d’Ibrahim Pacha élevé près de la mosquée. Le grand micocoulier qui
Fig. 76 — Mosquée de Messih Pacha
a poussé au milieu de la tombe a disloqué les plaques de marbre.
21 — MOSQUÉE DE ZAL MAHMOUD PACHA
Plan: B. 13.
Au point de vue architectural, c’est actuellement la plus importante des mosquées d’Eyoub. Elle fut élevée par Zal Mahmoud Pacha gendre et vézir de Suleïman I et par sa femme Schah Sultane. Sinan en fut l’architecte. Le plan est rectangulaire ; la coupole centrale repose sur des arcs formerets s’appuyant du côté de la porte principale sur deux gros pilliers cylindriques isolés, et du côté du mihrab sur deux contreforts intérieurs attenant au mur. Le rivale de l’entrée a cinq travées dont quatre en coupoles et celle du milieu en voute, le tout supporté par six colonnes. Les battants en bois de la porte principale sont d’un travail merveilleux. La mosquée ne possède aucune inscription historique. Mais l’inscription en turc d’une fontaine sur la rue qui regarde la Corne d’Or est datée de 1551 (H. 958). Le minaret est à droite. Autour de la cour qui est devant de la mosquée, il y
Fig. 77 — Intérieur de la mosquée de Messih Pacha
a les cellules d’un médressé. Sur le côté Nord de. la mosquée sont construits à un niveau inférieur, un autre médressé et un beau turbé où reposent Zal Mahmoud Pacha, et sa femme Schah Sultane. La mosquée est dégradée et fermée. Les médressés et le turbé sont arrivés au dernier degré de la ruine (fig. 29-31.)
En face de cette mosquée se trouve une petite mosquée portant le nom de «mesdjid de Silâhi Mehmed bey», dont les murs sont constitués par des lits alternés de pierre taillée et de brique. Le minaret est d’un style bizarre son balcon étant fermé et percé seulement de fenêtres. Ce mesdjid est plus ancien que la mosquée de Zal Mahmoud Pacha ; il est aujourd’hui complètement abandonné (fig. 32).
22 — MOSQUÉE D’AHMED PACHA
Plan: B. 8.
Elle se trouve en dedans et tout près de la porte de Top-Kapou. Elle est appelée, par conséquent ausi «mosquée de Top-Kapou». Son fon-
Fig. 78 — Intérieur de la mosquée de Ramazan Efendi.
dateur fut Kara Ahmed Pacha, grand vézir sous Suleïman Ier. C’est une œuvre de l’architecte Sinan. On raconte qu’une fois commencée, Ahmed Pacha étant décédé en 1554 (H. 962), elle resta inachevée et que ce fut Rustem Pacha son successeur au grand vézirat, qui la fit terminer. Nous n’avons pas trouvé d’inscription relative à sa construction. Nous adoptons l’année de la mort d’Ahmed Pacha. Hadikat met son achèvement par Rustem Pacha à quelques années après. Ahmed Pacha fut enterré dans un turbé de ces parages élevé également par Sinan. Cette mosquée mérite d’être examinée attentivement ; son plan est rectangulaire. La coupole centrale est soutenue par six arcs for-merets, disposés en hexagone, reposant sur six épaisses colonnes. Sur chacun des deux côtés Nord et Sud, il y a encore deux demi-coupoles de butée. Le mimber en marbre, lés plafonds qui sont au-dessous des galeries intérieures et les panneaux de faïence situés au-dessus des fenêtres sont d’un travail remarquable. Du côté droit de la porte se trouve un minaret à stalactites et, au milieu de la vaste cour, il y a une fontaine
Fig. 79 — Mosquée de Nichandji Mehmed Pacha
à ablutions. Le rivale est à cinq travées de coupoles (fig. 33 et 34).
23 — MOSQUÉE DE SINAN PACHA A BÉCHIKTACHE
Plan : J. 13.
Elle est appelée aussi «la grande mosquée». L’architecte Sinan a créé, avec ce superbe édifice, un type tout à fait à part en comparaison de ses autres constructions de mosquées. Son plan rappelle celui de la mosquée Utch - Chéréféli à Andrinople construite par Mourad IL C’est un rectangle placé transversalement, le mihrab et la porte se trouvant sur le petit axe. La grande coupole portée par quatre arcs formerets s’appuie sur six piliers ; elle est flanquée, au Nord et au Sud, de deux coupoles plus petites, et à l’Ouest d’une rangée de cinq travées dont quatre à coupoles, celle du milieu étant en voûte croisée. Une galerie basse à colonnes court extérieurement sur trois côtés. L’intérieur est bien éclairé par de nombreuses fenêtres. La cour devant la mosquée est de forme rectangulaire ; le milieu est occupé par une belle cuve de
Fig. 80 — Mosquée de Takiédji
marbre portant une longue inscription et qui sert de fontaine. Le rivak de l’entrée est recouvert d’une large toiture plafonnée en bois portée par huit colonnes. Sous les autres portiques, il y a des cellules pour les desservants de la mosquée. Le mur du Sud donnant sur la rue est d’une simplicité saisissante, (fig. 35-37).
Sinan Pacha, frère du grand vézir Rustem Pacha et qui fut longtemps grand amiral de Suleïman Ier, mourut en 1553 (H. 961). Son tombeau se trouve près de la mosquée de Mihrimah à Skutari. Sur sa tombe est posé un sarcophage antique. La construction de la mosquée de Béchiktache fut achevée, d’après l’inscription de la porte, en 1555 (H. 963), donc deux années après la mort du fondateur.
24 - MOSQUÉE DE SULEIMANIÈ
Plan: E. F. 7.
Il est reconnu que cette mosquée qui orne la silhouette de notre ville est un des chefs-d’œuvre de l’architecte Sinan. Cette construction a été tellement étudiée, qu’ici, même en résumé, nous ne
Fig. 81 — Intérieur de la mosquée de Takiédji
voyons pas la nécessité d’une description. Elle fut commencée, d’après l’inscription extérieure de la porte principale, le 15 juillet 1550 (H. fin djémaz II 957) et terminée le 22 octobre 1557 (H. fin zilhidjé 964). A l’Est de la mosquée, c’est-à-dire dans le jardin des turbés où s’est formé avec le temps tout un cimetière, il y a le tombeau de Sultan Suleïman, belle construction à haute coupole tout entourée d’une colonnade circulaire. Tout près de celui-ci, se trouve le tombeau de Hasséki Hourem Sultane, son épouse, morte en 1573 (H. 981), à laquelle les Européens ont donné le nom de Roxalane (fig. 38-43).
25 — TOMBEAU DE MIMAR SINAN
Plan : F. 7.
Ici, à la suite de Suleïmanié, il convient de mentionner le lieu du dernier repos de celui qui a pu la -créer. La direction de l’Evkaf y a fait, pendant l’année courante, des travaux de restauration avec un soin tout particulier qui méritent d’être relevés avec reconnaissance. Mort
Fig. 82 — Mosquée de Djérrah Pacha
presque centenaire, le grand architecte Sinan, souvent appelé Kodja (vieux) Sinan, s’est construit près de la mosquée Suleïmanié, son plus fameux ouvrage, un tombeau d’un aspect des plus artistiques et des plus pittoresques.
Il se trouve au Nord de la mosquée et près de l’ancien Cheïkh-ul-Islamat. Il s’élève sur un petit terrain triangulaire en éminence entre deux rues. Cet espace est entouré d’un grillage ajouré en marbre blanc. L’épitaphe en vers turcs composée par son ami intime, le poète Sâi, est gravée sur une plaque de marbre blanc posée sur le grillage en fer du côté de la tête de la tombe regardant la mosquée. Cette longue inscription porte l’année 996 de l’Hégire (1588) en chiffres et en chronogramme. La tombe, elle-même en marbre, est en forme de cercueil à deux cippes dont celui de la tête porte au sommet un grand turban. Cette sépulture est surmontée d’un petit édicule en pierre ayant six piliers et des arcs en ogive qui portent, à l’emplacement de la tête, une petite coupole, et, du côté des pieds, un toit plafonné en marbre. Les quatre pans de l’édicule
Fig. 83 — Mosquée de Sultan Ahmed Ier
sont ouverts. La tombe qui se trouve à ses côtés, en dehors de l’édicule, serait celle de son épouse, mais elle est anépigraphe. La pointe de l’emplacement triangulaire, est occupée par un tout petit sébil en marbre couronné d’une coupole; il fut reconstruit ou restauré postérieurement, mais très anciennement (fig. 44-46).
Le fait que l’un des plus grands maîtres de l’architecture du monde entier et de tous les siècles ait bâti pour lui-même le plus petit et le plus modeste des tombeaux, juste au pied de sa plus grande création, la Suleïmanié, ne cache-t-il pas une
ironie pour la vie humaine, et, en même temps, une pensée philosophique des plus profondes?
Le maître Sinan a laissé plusieurs fondations pieuses de son vivant, à savoir : une mosquée (aujourd’hui en ruine), des écoles, des fontaines et autres ; il a consigné pour leur entretien, ainsi que pour celui de son tombeau ci-dessus décrit, des revenus considérables, en immeubles et en argent. L’acte légal de ses fondations est conservé à l’administration de l’Evkaf. M. Djevdet dans sa récente publication en arabe intitulée «Supplément à un
Fig. 84 — Intérieur de la mosquée de Sultan Ahmed Ier
chapitre de la relation du voyage d’Ibn-Batouta» (Istanbul, imprimerie Kourtoulouche, 1932), donne à la page 438, en résumé, le contenu de cette pièce intéressante, sans toutefois indiquer sa date. Il en ressort que lafemme de Sinan, appelée Mihri, fille de Mahmoud, était déjà morte lors de la rédaction de l’acte. Nous apprenons par là encore, qu’il avait un fils, Mehmed Bey et deux filles, Efi Han et Nesli Han. Une fille de
Fig. 85 — Revêtements de faïence à la mosquée d’Ahmed Ier, au-dessus de la porte Ouest
Mehmed Bey s’appelait Fakhri. Il serait d’un grand intérêt de publier ce document curieux en entier.
L’architecte Sinan a construit dans le pays: 131 mosquées; 55
médressés; 43 turbés, écoles de Coran, hôpitaux d’aliénés et cuisines ; 20 barrages d’eau, ponts et karavansarays ; 39 palais ; enfin 32 bains.
26 - MOSQUÉE DE M1RIHMAH SULTANE A LA PORTE D’ANDRINOPLE
Plan: B. 10.
Cette mosquée se trouvant à la Porte d’Andrinople est aussi appelée de ce nom. C’est la position la plus élevée de Stamboul (77m). Il n’y a aucune inscription qui nous renseigne sur la date de sa construction. Mais nous savons que cette princesse, fille de Suleïman Ier, fit élever aussi une mosquée à la tête du débarcadère de Skutari, en 1548
Fig. 86 — Mosquée de Touloumdji Hassan
(H. 954), et qu’elle mourut en 1558 (H. 965). Il est donc certain que la mosquée de la porte d’Andrinople a dû être construite avant cette date. Si la date de l’acte de fondation en est de 1570 (H. 978), il faut convenir que ce document fut rédigé après la mort de la fondatrice. La forme architecturale de la mosquée ressemble jusqu’à un certain degré à celle de Zal Mahmoud Pacha, à Eyoub, a-vec cette différence que sur chacun des deux côtés de la coupole centrale, selon l’axe longitudinal, il y a à Mihrimah encore trois petits dômes. Le rivak est couvert par sept travées de coupoles soutenues par huit colonnes ( fig. 47 ). La colonnade autour de la vaste cour et la fontaine du milieu, ainsi que les dépendances, sont en très mauvais état de conservation. Le minaret est à droite de la porte d’entrée. C’est une œuvre de Sinan. Ce fut une des mosquées les plus atteintes par le tremblement de terre de 1894. La mosquée seule fut réparée dans la suite.
27 — MOSQUÉE DE RUSTEM PACHA
Plan: F. 7.
Par son art architectural et ses décorations murales en faïence, c’est une des plus fameuses constructions de l’architecte Sinan. Le plan est de forme rectangulaire ; les arcs formerets qui soutiennent la coupole centrale reposent, du côté du mihrab et de la porte, sur deux contreforts intérieurs liés, au mur, et sur les autres côtés, sur quatre piliers octogonaux. Sur les deux côtés, les travées latérales sont redivisées par des arcs brisés qui soutiennent les tribunes. Le rivak est couvert de cinq travées de coupoles, et, devant celui-ci, un large auvent plafonné s’appuie sur des arcs et des colonnes (fig. 48 et 49). Le
Fig. 87 — Mosquée de Touloumdji Hassan. Porte d’entrée, face intérieure
niveau du sol de la mosquée est surélevé de six mètres. On y monte par des escaliers se trouvant aux angles de la terrasse. Le fondateur de la mosquée, le grand vézir Rustem Pacha, était le mari de la sultane Mihrimah, fille de Suleïman Ier. Le mariage eut lieu en 1539 (H.946). Rustem Pacha mourut en 1561 (H. 968) ; il est enterré dans un magnifique turbé qui se trouve dans le jardin de la mosquée de Cheh-zadé. Nous l’avons vu plus haute. Rustem Pacha s’était rendu célèbre par sa grande richesse. A sa mort, il laissa des objet précieux et des livres rares en quantité innombrable. Il n’y a pas d’inscription concernant la construction de sa mosquée. Mais l’acte de fondation est daté du 18 janvier 1561 (H. commencement de djémaz 1 968), date qui correspond avec celle de sa mort.
28 - MOSQUÉE DE SOKOLLOU MEHMED PACHA
Plan : G. 4.
Cette belle construction, œuvre de l’architecte Sinan, se trouve en contre-bas de l’Ecole de Commerce, au fond de l’Hippodrome ou Place de Sultan Ahmed. 11 ressort de l’inscription en vers turcs de la porte, que la mosquée a été élevée en 1571 (H. 979), et qu’elle se trouve sur l’emplacement d’une église dédiée à Ste Anastasie de la Résurrection. Quoique cette mosquée porte je nom du grand vézir Sokollou Mehmed Pacha, elle fut élevée pen-
Fig. 88 — Mosquée Tchinili à Skutari
dant son grand vézirat par sa femme, la sultane Esma Han, fille de Sélim II. De plan rectangulaire, les six arcs formerets qui soutiennent sa coupole centrale s’appuient sur des contreforts intérieurs faisant corps avec les murs; quatre demi-coupoles de butée remplissent les quatre angles. Le minaret est à droite de la porte. Le cône pointu
Fig. 89 — Mosquée Tchinili à Skutarî, le mihrab
du minber en marbre est recouvert de carreaux de faïence. La décoration en faïence des murs et des pendentifs est d’une grande richesse (fig. 50 et 51). Le rivak est à sept travées de coupoles, celle de
Fig. 90 — Mosquée de Tchinili à Skutari, le minber
Fig. 91 — Mosquée de Keuprulu
la travée du milieu étant plus haute que les autres. La cour a, dans son milieu, une fontaine aux ablutions et elle est entourée sur trois côtés de cellules de médressé au-devant desquelles règne un portique. Mehmed Pacha a été assassiné par un fou au mois de septembre 1579 (H. 987) et fut enterré dans un beau tombeau à Eyoub. On lui donne aussi le surnom de «chéhid», martyr, ou aussi «tavîl», long, à cause de sa haute taille.
29 — MOSQUÉE DE PIALÉ PACHA
Plan : F. 13.
Aucune inscription ne nous donne l’année de cette curieuse construction située dans le fond du quartier de Kassim Pacha. Seul Hadika indique, d’après l’acte de fondation, la date d’octobre 1573 (H. rédjeb 981) pour son achèvement. On appelle cette mosquée la «grande Pialé» du fait qu’il existe à Kassim Pacha, du même fondateur, une petite mosquée nommée la «petite Pialé», réduite aujourd’hui à une bâtisse insignifiante. Le vézir Pialé Pacha, longtemps grand-amiral, fut le mari de la fille de Sélim II, la princesse Guevherhan Sultane, en-
Fig. 92 — Mosquée de Hirkaï Chérit
terrée dans le turbé de son père à Aya Sophia. L’architecture de cette mosquée est des plus intéressantes. Aucun auteur n’atteste que ce soit une œuvre de Sinan et nous regrettons d’ignorer le nom du maître qui l’exécuta. Elle est, avec la mosquée de Zindjirli Kouyou, comme nous l’avons vu, le seul exemple de mosquée à six coupoles à Stamboul. Son plan est de forme rectangulaire ayant, à l’extérieur, sur la façade Ouest et les deux côtés latéraux, des arcades à travées voûtées portées sur de gros piliers formant de longs couloirs. Le dessus de ces arcades latérales constitue une terrasse qui était couverte d’un auvent plafonné aujourd’hui complètement démoli. Seules les fines colonnes de support subsistent encore. Les deux portes d’entrée du sanctuaire se trouvent dans l’arcade de la façade principale. Entre ces portes et au haut d’un arc plein, s’élève l’unique minaret. Au-devant de cette partie règne un portique à nombreuses colonnes qui était couvert d’un auvent plafonné aujourd’hui démoli, lui aussi.
A l’intérieur, le mihrab décoré de belles faïences se trouve sur le petit axe du plan. Les six coupoles, en deux rangées, sont aveugles.
Fig. 93 — Mosquée Yéni Djami
Elles retombent à l’aide d’arcs sur deux immenses colonnes placées au milieu. Entre la deuxième et la troisième rangée de fenêtres, court un bandeau en faïence, large d’un mètre, contenant en écriture blanche sur fond bleu, plusieurs chapitres du Coran. Toute la partie Ouest
Fig. 94 — Rampe à la mosquée Yéni Djami
de ce bandeau, ainsi que beaucoup d’autres carreaux de faïence, ont disparu depuis longtemps.
Pialé Pacha est mort le 22 janvier 1578 (H. 12 zilkadé 985). Son tombeau se trouve à l’Est de la mosquée. 11 est de forme octogonale à une coupole ; il est entouré, comme celui de Suleïman Ier, d’un portique de 24 colonnes. Ici sont aussi enterrés ses fils et ses filles, sous des pierres tombales d’un travail remarquable.
Le nombre total des colonnes de cette mosquée et du turbé est de 118. Cet admirable monument est certainement un de ceux de Stamboul les plus dignes d’être vus. Depuis quelques temps, cette mosquée se trouvait dans un mauvais état de conservation. L’administration de l’Evkaf vient donc de commencer d’importantes réparations à l’intérieur (fig. 52-56).
30 - MOSQUÉE DE HADJI EVHAD
Plan : A. 2.
Elle est située prèsdes Sept Tours. Nous mentionnons cette mosquée malgré son état de ruine, à cause de son beau minaret élancé, et de sa porte
Fig. 95 — Mosquée Yéni Djami. L’escalier et la porte d’entrée des appartements des Sultans
d’entrée bien proportionnée (fig. 57). Cette dernière est surmontée d’une inscription en vers turcs donnant dans son chronogramme la date 1575 (H. 983). Son plan est rectangulaire; l’appareil des murs démontre une belle époque. D’après Evliya Tchélébi elle aurait été construite par Sinan. De fait,
Fig. 96 — Mosquée de Yéni Djami. Une chambre des appartement des Sultans
dans la liste de ses œuvres, on trouve une mosquée dénommée «Hadji-lvaz le boucher» dont le nom aura peut-être été mal imprimé. Intérieurement, il y a des traces d’ornementation en faïence. Son fondateur était un riche maître boucher. Dans l’acte de fondation, il est stipulé que les administrateurs futurs doivent être également de cette profession.
31 - CONSTRUCTIONS TURQUES A AYA SOPHIA
TURBÉ DE SÉLIM II
Plan : G. 5.
Un certain nombre de constructions de l’époque turque se trouvent soit à l’intérieur soit dans la proximité immédiate de la mosquée Aya Sophia. La plus importante est le turbé de Sélim II qui passe pour être une des plus belles œuvres de l’architecte Sinan. L’extérieur de ce turbé est tout en marbre blanc; à droite et à gauche de la porte d’entrée et sous un porche soutenu par quatre colonnes, sont placés de
Fig. 97 — Le turbé de Yéni Djami, il y a quelques années
magnifiques panneaux de faïence. Intérieurement, ce monument est également décoré de très précieuses faïences et de marbres de différentes couleurs. Sélim II, fils de Suleïman Ier, mourut en 1574 (H. 982). L’inscription en faïence placée au-dessus de la porte donne l’année 1576 (H.984) comme date de construction du monument. Dans ce turbé, à part Sélim II, reposent : son épouse Nourou Banou, sa fille Guevherhan, femme de Pialé Pacha, puis une autre de ses filles Esmahan, épouse de Sokollou Mehmed Pacha, ainsi que d’autres encore (fig. 58 et 59).
A côté de cet édifice, se trouvent aussi les turbés de Mourad III, daté de 1599 (H. 1008) et de Mehmed III, daté de 1609 (H. 1018). Ces trois tombeaux
Fig. 98 — Mosquée d’Ali Pacha de Tchorlou
contiennent un grand nombre de sépultures d’enfants des deux sexes, en bas âge, mis à mort cruellement après l’avènement au trône de chacun de ces derniers sultans.
* * *
Au Sud de la place et à côté du grand jardin, on voit le magnifique bain, dit d’Aya Sophia, avec ses nombreuses coupoles (fig. 60). C’est une œuvre de Sinan exécutée en 1556 (H. 964) sous le règne de Suleïman.
* * *
Enclavée dans la façade Sud d’Aya Sophia, se trouve la riche bibliothèque des manuscrits orientaux fondée par Mahmoud Ier en 1739 (H. 1152); l’entrée est à l’intérieur de la mosquée. Le revêtement des murs est en carreaux de faïence d’une beauté exceptionnelle (fig. 61 et 62).
SÉBIL DE SULTAN AHMED III
Plan : H. 5.
Nous devons mentionner, ici encore, cette fameuse fontaine d’Ahmed III que l’on rencontre près d’Aya Sophia, entre la face Est de la mosquée et la porte du Sérail dite Babi Humayoun. Yirmisékiz Meh-
Fig. 99 — Mosquée Yéni Validé, à Skutari
med Efendi, puis plus tard son fils Saïd Pacha, tous les deux ambassadeurs à Paris, l’un en 1719 (H. 1132) et l’autre en 1741 (H. 1154), introduisirent à leur retour dans notre pays beaucoup de choses relatives à la culture et aux beaux-arts français. Parmi celles-ci, la plus importante pour la Turquie fut la fondation de l’imprimerie; en même temps, notre architecture s’éprit d’un nouveau style, le style Louis XV, qu’on appelle aussi «rococo». D’ailleurs, le style classique turc architectural tombait déjà en décadence, depuis la fin du XVIIe S. et l’on ne fit à cette époque-là aucune tentative pour enrayer ce mouvement, car le pays ne comptait plus d’artistes éminents. Du reste, en ce siècle-là, les styles rococo et baroque avaient envahi l’Europe entière. De ce fait, ces arts étranges s’implantèrent aussi très rapidement chez nous par l’intermédiaire d’architectes et d’artisans italiens. Dans la suite, les artistes turcs ayant exécuté bien plus habilement ces styles dont la sobriété et les détails exquis sont préférables, même au rococo allemand trop surchargé, on commença à les trouver agréa-
Fig. 100 — Mosquée de Hékimoglou Ali Pacha
blés. Le style rococo turc nous a laissé beaucoup de monuments tels que mosquées, fontaines, maisons, etc. L’un des plus fameux exemples est précisément la fontaine construite par Ahmed III, en 1732.
Ce chef-d’œuvre est élevé sur plan carré et est recouvert d’une toiture à large auvent plafonné avec cinq coupoles. Les quatres faces en marbre blanc polychrome sont décorées de plantes, de fleurs, de cartouches et d’inscriptions finement sculptés. L’une de ces inscriptions est en vers turcs composés et écrits par Sultan Ahmed lui-même (fig. 63). Au milieu de chaque face, il y a une fontaine avec des niches. Les quatre angles sont occupés par des saillies circulaires ayant des fenêtres protégées par de beaux grillages en bronze à travers lesquels on servait de l’eau fraîche aux passants. C’est justement cette forme de fontaine, isolée ou adossée à un mur, qui prend dans les pays musulmans le nom de «sébil». En usage depuis le moyen âge jusqu’à nos jours, elles sont toutes des fondations pieuses.
Fig. 101 — Latéricur de la mosquée de Hékimoglou Ali Pacha
32 — MOSQUÉE D’AZAB KAPOU
Plan: F. 9.
Elle est située vis-à-vis de la porte de l’Arsenal donnant du côté de Galata. Le fondateur en est Sokollou Mehmed Pacha qui édifia aussi la mosquée que nous avons vue plus haut. Elle fut construite en 1577 (H. 985) ; c’est une des plus belles œuvres de l’architecte Sinan. Elle se trouve aujourd’hui dans un état de demi-ruine. Mais elle est prévue dans la liste des mosquées qui doivent être réparées bientôt. Le niveau de la mosquée étant surélevé, on y monte à l’aide d’un escalier. Le minaret qui est à gauche est sur le même alignement que la façade ; séparé d’elle il reste toutefois rattaché à la mosquée à l’aide d’un arc qui renferme un passage d’accès. Le plan de la mosquée est rectangulaire, le mihrab formant une saillie en dehors. Tout autour de la coupole centrale régnent huit demi-coupoles qui sont supportées par huit piliers. Le min-ber, le mihrab, la chaire et diverses autres parties architecturales sont en marbres précieux. A plu-
Fig. 102 — Sébil de Hékimoglou Ali Pacha; son état actuel.
sieurs endroits, la décoration céramique qui était très belle est perdue (fig. 64 et 65).
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Presque derrière cette mosquée, on voit les restes du magnifique sébil d’Azab Kapou, de style rococo turc, construit par la mère de Mahmoud Ier en 1733 (H. 1146). Nous ne voulons pas en faire une longue description ; les reproductions que nous en donnons sont suffisantes pour montrer comment était cette fontaine autrefois et à quel regrettable degré de ruine elle en est arrivée aujourd’hui (fig. 66-68).
Sa coupole est tombée et les belles grilles de bronze ont disparu, une partie des marbres mêmes sont brisés. Enfin, les intempéries et la pluie aidant, comme on peut le voir sur la photographie, la fontaine est devenue complètement noire. Ce sébil appartient à cette période de l’art du XVIIIe Siècle que nous avons déjà vue avec le fameux sébil d’Ahmed III situé près d’Aya Sophia.
33 — MOSQUÉE DE CHEMSI PACHA
Plan : K. 9.
Cette mosquée, qui se trouve au bord de la mer, à Skutari, a été cons-
Fig. 103 — La bibliothèque de Hékimoglou Ali Pacha
truite par l’architecte Sinan. Le fondateur en est Chemsi Pacha, de la famille des princes des Djandar-oglou de Kastamoni, appelée aussi Kyzyl Ahmedli ou encore Isfendiar-oglou. Il fut vézir aux temps de Suleiman Ier, Sélim II et de Mourad III. On raconte que pour se venger de la dynastie d’Osman d’avoir conquis le pays de ses ancêtres, il avait habitué le sultan à accepter des présents en argent et à s’entourer de filles esclaves.
La mosquée est à une coupole ; un turbé y est rattaché ; en face se trouvent les cellules d’un médressé à portique et une école. L’inscription qui est sur la porte donne la date de 1580 (H. 988), date qui se trouve également dans l’acte de donation à l’Evkaf. Chemsi Pacha mourut dans la même année. La déchéance de ce beau monument turc qui se prolonge depuis de nombreuses années en est arrivé à son dernier degré ; le minaret est complètement démoli, la couverture en plomb des bâtiments a disparu et les murs sont en partie envahis par le lierre (fig. 69).
Fig. 104 — Mosquée Nouri Osmanié
34 — MOSQUÉE DE KILIDJ ALI PACHA
Plan : G. 9.
Elle est inscrite dans Hadika sous le nom de mosquée de Top-
Fig. 105 — Voussure de porte à la mosquée Nouri Osmanié
hané étant située dans ce quartier. L’architecte Sinan qui la construisit imita directement l’Aya Sophia ; Evlia Tchélébi s’en était même aperçu au XVIIe S. -Le plan est rectangulaire selon l’axe allant de la porte au mihrab ; l’abside de ce dernier forme une saillie visible. La coupole centrale, ainsi que les deux demi-coupoles qui l’appuient sur les côtés oriental et occidental, reposent sur des arcs formerets retom-
Fig. 106 — Sébil et fontaine à la mosquée Nouri Osmanié
bant sur quatre piliers circulaires. Du côté de la porte, il y a un vestibule transversal. Les bas-côtés sont voûtés et sont surmontés de galeries à colonnes. Les accessoires en marbre, les chapiteaux et la décoration céramique ont été exécutés avec un très grand soin. Au-devant du rivak à travées de cinq coupoles, il y a un vaste auvent avec plafond porté sur de nombreuses colonnes. La cour est étroite et elle contient un chadirvan en son milieu. Le minaret est sur le côté droit (fig. 70 et 71). Le fondateur de la mosquée, le grand amiral Kilidj Ali Pacha, mort en 1587 (H. 995), est enterré dans un turbé voisin. Deux inscriptions en turc, sur les portes extérieures, donnent la date de construction de 1580 (H. 988).
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Au nord de la mosquée se trouve une grande et belle fontaine de marbre, de forme carrée, décorée sur les quatre faces de bas-reliefs et d’inscriptions. Elle a été construite de 1732 (H. 1145), par Mahmoud Ier.
C’est une œuvre de style rococo turc. Le toit à auvent ayant été enlevé depuis de longues années, on l’a remplacé par une terrasse entourée d’une balustrade, ce qui a
Fig. 107 — Mosquée Laléli
fait perdre à ce monument son caractère original (fig. 72).
35 - MOSQUÉE D’ESKl VALIDÉ A SKUTARI
Plan : L. 7.
Elle est située dans le quartier élevé de Toptachi et on en voit les deux minarets depuis la mer. Elle est de plan rectangulaire. L’abside du mihrab fait une saillie en dehors, et la coupole centrale est appuyée sur de nombreuses demi-coupoles. D’après Hadika, les bas-côtés ont été ajoutés postérieurement. La décoration céramique est excellente. Le rivak de l’entrée est à cinq travées de coupoles avec six colonnes. Au-devant, il y a un large auvent plafonné supporté par des arcs et des colonnes. Le portique court sur trois côtés de la cour au milieu de laquelle se trouve le chadirvan. Les dépendances de cette mosquée se composent d’un médressé et d’un hospice pour les aliénés, dit de
Fig. 108 — Mosquée de Zeyneb Sultane
Toptachi, aujourd’hui désaffecté. La fondatrice de la mosquée, la sultane Nourou Banou, femme de Sélim II et mère de Mourad III, décédée en 1583 (H. 991), repose dans le turbé de Sélim II, à Aya Sophia. L’inscrip-
Fig. 109 Mosquée Nousrétié à Top-hané
tion en turc de la porte de la mosquée, donne la même date (fig. 73 et 74).
36 — MOSQUÉE DE MEHMED AGA
Plan : C. 9.
Cette mosquée se trouve à Karagumruk, vers la porte d’Andri-
Fig. 110 — Turbé de Mahmoud II
nople. Sa coupole unique sur un plan carré repose sur des arcs formerets disposés en octogone s’appuyant sur huit contreforts ayant la forme de colonnes ou de piliers engagés dans le mur. L’abside du mihrab, en saillie, est couverte d’une demi coupole. Le rivak de l’entrée est formé de cinq travées de coupoles avec six colonnes. Le minaret est à droite. D’après l’inscription turque en vers, due au fameux poète Assari, elle fut élevée en 1585 (H. 993) par l’architecte en chef Davoud Aga (fig. 75). Le fondateur, le premier eunuque Mehmed Aga, est mort en 1590 (H. 999). Son turbé se trouve près de la mosquée.
37 — MOSQUÉE DE MESSIH PACHA
Plan: C. 8.
Elle est située également dans le quartier de Karagueumruk dans les environs de la mosquée de Hyrkaï Chérif. Ce beau monument est fortement délabré depuis le tremblement de terre de 1894. Elle est prévue dans la liste des mosquées qui seront réparées prochainement.
La coupole centrale est flanquée de bas-côtés recouvetts de trois dômes. A l’intérieur et au-dessus de la porte, il y a deux étages de galeries. Le minber en marbre ajouré et la décoration en faïence des deux côtés du mihrab et des tympans des fenêtres sont des ouvrages très précieux du XVIe S. (fig. 76 et 77). D’après l’inscription en turc de la porte, elle fut construite en 1586 (H. 994). Le fondateur de la mosquée, qui fut grand vézir de Mourad III, est l’eunuque Mehmed Mesih Pacha qui mourut en 1589. Son tombeau est dans la cour de la mosquée. Cette cour est entourée des cellules du médressé en ruine. Les édifices qui environnent la mosquée, et qui ont été élevés par Atik Ali Pacha à titre de fondations pieuses, ont donné au quartier le nom d’Ali Pacha. C’est aussi la raison pour laquelle le nom de Messih Ali Pacha est resté par erreur à la mosquée.
38 — MOSQUÉE DE RAMAZAN ËFENDI
Plan: B. 5.
Cette petite mosquée est située entre les mosquées de Hékimoglou Ali Pacha et de Kodja Moustafa Pacha. Hadika l’appelle «Bézirghian Mesdjidi» ; le fondateur en est le commerçant Hadji Husrev Tchélébi. L’inscription en vers turcs de la porte intérieure, due au poète Saï qui fut I’ami de l’architecte Sinan, parle seulement de Hadji Husrev et donne la date de 1586 (H. 994). Nous n’avons rien pu apprendre concernant la personne de Hadji Husrev. Comme le premier cheikh du couvent rattaché à la mosquée, s’appelait Ramazan Efendi, la mosquée porte aujourd’hui ce nom. La tombe anépigraphe en marbre de Hadji Husrev et celle du cheikh Ramazan, mort en 1616 (H. 1025), sont à côté de la mosquée. De forme rectangulaire, cette mosquée est couverte d’un toit en bois. Les murs sont composés de lits alternés de pierre taillée et de brique. Le mihrab et le minber en marbre sont simples, mais les murs, à l’intérieur, et surtout les dessus des fenêtres, sont ornés de magnifiques faïences. Les bordures de couleur rouge sont les mêmes que celles de la salle de Mourad III, au Vieux Sérail, dont les époques de construction coïncident (fig. 78). Au-dessus de la porte extérieure est gravé en grande écriture un verset du Coran. La fontaine aux ablutions en marbre ajouré et le minaret sont très artistiquement travaillés. Cette petite mosquée est en tout cas digne d’être vue.
Fig. 111 — Intérieur de la mosquée Feïzié, côté du mihrab
39 - MOSQUÉE DE NICHANDJI MEHMED PACHA
Plan: C. 9.
Elle est appelée habituellement «la nouvelle Nichandji». C’est une construction fastueuse. La coupole s’élève sur des arcs couronnant des murs formant un hexagone. Le mihrab et les deux saillies des côtés sont couverts chacun par une demi-coupole. Le rivak est composé de cinq travées, dont quatre à coupoles et celle du milieu à voûte croisée. L’inscription en arabe de la porte donne comme date d’achèvement 1588 (H. 997). Une autre inscription, à gauche de la porte, donne une date de réparation 1766 (H. 1180). Le fondateur Mehmed Pacha, surnommé Boyaly, qui fut plusieurs fois garde des sceaux, mourut en 1595 (H. 1004). Il est enterré dans un turbé attenant à la mosquée. Devant la mosquée, il y a une vaste cour avec des portiques (fig. 79).
40 — MOSQUÉE DE TAKIÉDJI IBRAHIM AGA
Plan : A. 8.
Cette petite mosquée est située en dehors des murailles de la porte
de Top Kapou. Les murs sont constitués par des lits alternés de pierre taillée et de brique ; la toiture est en bois avec un auvent bordé de frontons soutenu par des colonnes en bois. Le minaret a de jolies sta-lactiques. Extérieurement, elle est très modeste, mais combien cette petite mosquée est précieuse par les revêtements en céramique de l’intérieur. (fig. 80 et 81). Malheureusement, ici encore, beaucoup de carreaux de faïence ont été volés; le minber est d’un très beau travail en marbre. Le plafond est en bois, et forme une jolie coupole. La date de construction est 1591 (H. 1000) ; le fondateur, Arakiyédji Ibrahim A-ga, fabricant de bonnets en feutre, avait sa fabrique dans les environs ; il mourut en 1595 (H. 1004). Son tombeau se trouve près de la mosquée. Ziya Bey, dans son livre (en turc) «Stamboul et le Bosphore», a reproduit, le premier, un panneau de faïence de cette intéressante mosquée.
41 — MOSQUÉE DE DJERRAH PACHA
Plan : C. 5.
Elle a été fondée par Djerrah (le chirurgien) Mehmed Pacha qui fut grand vézir sous Mehmed III. Elle est située dans le quartier portant son nom, près d’Aksaray. L’inscription en arabe de la porte donne comme date de construction 1593 (H. 1002). Djerrah Mehmed Pacha mourut en 1604 (H. 1012); il est enterré dans un tombeau particulier. Le tremblement de terre de 1894 abîma beaucoup cette mosquée ; elle fut restaurée depuis, mais, les sept travées de coupoles du rivak de l’entrée n’ont pas été refaites;seules ses huit colonnes sont en place. Intérieurement la coupole centrale repose sur des arcs formerets disposés en hexagone retombant sur six épais piliers ronds. Le mihrab, dans une abside rectangulaire, est surmonté d’une grande demi-coupole ayant deux petites trompes aux angles. La coupole centrale est flanquée au Nord et au Sud de quatre trompes d’angle. Le minaret est à droite de la porte d’entrée (fig. 82).
42 — MOSQUÉE DE SULTAN AHMED
Plan : G. 4.
C’est une des plus belles et des plus importantes mosquées de Stamboul. La disposition des coupoles, la parfaite proportion des lignes de l’intérieur et de l’extérieur ainsi que de ses six minarets, et, en-
Fig. 112 — Intérieur de la mosquée Feïzlé, côté de la porte
fin, sa situation sur l’Hippodrome, toujours attirent l’attention de ceux qui viennent à Stamboul. Le plan est presque carré ; la coupole centrale, épaulée suivant les deux axes de l’édifice par quatre demi-coupoles de même diamètre reposant sur des trompes sphériques, est soutenue à l’aide de quatre grands arcs formerets retombant sur quatre piliers cylindriques d’une épaisseur considérable. Enfin, les quatre angles de la mosquée sont recouverts chacun par une petite coupole (fig. 83-85). Les coupoles, comme les murs, ayant un très grand nombre de fenêtres, l’intérieur de l’édifice reçoit beaucoup de lumière. Le min-ber, en marbre doré et polychrome, est d’un travail d’une élégance extrême.
De très beaux revêtements de faïence montent jusqu’au-dessus de la première galerie. La vaste cour devant la mosquée est entourée d’un portique formé de trente travées de coupoles avec, au milieu, une fontaine à ablutions. Les différentes portes de bois et de bronze méritent d’ètre remarquées. Le fondateur de la mosquée est Ahmed Ier ; la construction, commencée d’après l’inscription de la porte au mois de décembre 1609 (H. chévval 1018), fut
finie le 12 octobre 1616 (H. 27 ramazan 1025). Une inscription, sur le mur de la porte de la cour extérieure regardant l’Hippodrome, donne le nom de l’architecte Mehmed Aga et la date de 1617 (H. 1026). Ahmed 1er mourut à la même date; il fut enterré dans un turbé particulier près de la mosquée. La date de construction de ce turbé est 1619 (H. 1029).
43 - MOSQUÉE DE TOULOUMDJI HUSSAM
Plan: A. 6.
Elle est située non loin de la porte Mevléhané dans le quartier d’Ouzoun Youssouf. Elle est complètement ruinée depuis le tremblement de terre de 1894. Son plan rectangulaire est de modestes dis-mensions. Mais elle constitue le seul exemple, d’après notre avis, à Stamboul, d’une mosquée ayant son minaret juste au-dessus de la porte d’entrée (fig. 86 et 87). Il est vrai que celui de Pialé Pacha se trouve aussi au milieu de la façade, mais sur une base solide entre les deux portes d’entrée. On peut citer à titre de même exemple la belle mosquée de Mehmed I, à Merzifon, en Asie Mineure, dont le minaret est aussi au-dessus de la porte. L’auteur de Hadika avait déjà relevé cette particularité de Touloumdji, au XVIIIe siècle, comme une curiosité, et il ajoutait que ce minaret avait même résisté au terrible tremblement de terre de 1766. Cette tour reste encore aujourd’hui debout. Le fondateur de cette mosquée, Hussameddin, surnommé «Touloumdji», fut grand juge de Stamboul, et ce n’est qu’après sa destitution de ce poste, en 1626 (H. 1036), qu’il construisit cet édifice qui ne porte pas d’inscription datée. Il serait mort en 1645 (H. 1055). Son fils Abdurrahman devint Cheikh-ul-Islam et mourut en 1670 (H. 1081). Les tombes de ces deux personnages se trouvant devant la mosquée sont détruites.
44 - MOSQUÉE TCHINILI
Plan : M. 8.
Cet édifice portant le nom de «mosquée aux faïences» est situé sur les hauteurs de Skutari dans le quartier de Toptachy, et non loin de la mosquée d’Eski Validé. Elle est recouverte d’une coupole aveugle; l’intérieur est éclairé par des fenêtres dans les murs. Extérieure-
ment, un auvent, plafonné reposant sur des colonnes de bois, règne sur trois côtés. Par sa décoration en faïence, c’est une des constructions les plus merveilleuses ; son minber en marbre, dont le cône pointu est en faïence, est d’un travail exquis.(fig. 88-90) La fondatrice est la sultane Mah Peïker, femme d’Ahmed Ier et mère des Sultans Mourad IV et Ibrahim. La date de construction est 1640 (H. 1050). Le médressé, situé derrière la mosquée, est complètement en ruine et le bain appelé « Tchinili Hamam », qui se trouve non loin de la mosquée, a perdu tout son revêtement de faïence.
Fig. 113 — Fontaine de Mahmoud II à la mosquée Feïzié
45 - MOSQUÉE DE KEUPRULU
Plan : F. 5.
C’est en face de la Colonne Brûlée que se trouve cette petite mosquée. A l’origine, elle appartenait au médressé de Keuprulu comme salle de leçons, mais elle était également employée comme mosquée. A cet effet, elle était accessible de l’extérieur par une deuxième porte qui est utilisée aujourd’hui. Elle constitue un exemple du type de mosquée à plan octogonal ; sa coupole est aveugle ; le porche de l’entrée n’existe plus. Elle a été dotée plus tard d’un petit minaret de bois. (fig. 91). Le fondateur, Keuprulu Mehmed Pacha, mort en 1661 (H. 1072), est enterré à côté de la mosquée dans un turbé ouvert.
En ce qui concerne les mosquées à plan octogonal, on peut citer comme autres exemples celle de Kara Moustafa Pacha de Merzifon, sur la même rue, celle de Hassan Pacha, à Bayazid, la mosquée de Beylerbey et enfin la mosquée Hirkaï Chérif (fig. 92).
46 — MOSQUÉE YÉNI-DJAMI
Plan : F. 7.
La «mosquée neuve» s’appelle de son vrai nom «Validé djami»,
ou mosquée de la Sultane mère. Elle est située sur la place d’Emin-Eunu, à la tête du pont de Galata qu’elle domine. Parmi les grandes mosquées, soit au point de vue de la perfection architecturale, soit au point de vue de la perfection des détails tant intérieurs qu’extérieurs, cette mosquée se fait remarquer par son élégance. Elle possède deux minarets bien proportionnés à trois balcons. Quant à son plan, la coupole centrale, épaulée suivant les deux axes de l’édifice par quatre demi-coupoles reposant sur des trompes sphériques, s’élève sur quatre arcs formerets retombant sur quatre piliers. Les quatre angles du carré sont recouverts chacun d’une coupole. En comptant toutes les coupoles, les grandes, les petites, celles de la cour, on arrive au nombre de 66. Au début, la mosquée se trouvait au bord de la mer, et les maisons peu esthétiques qui se trouvent devant elle, en enlaidissent aujourd’hui la vue.
La construction de cette mosquée, par suite de plusieurs interruptions survenues, dura près de 68 ans. Ce fut Safiyé Hatoun, femme de Mourad III, et mère de Meh-med III, qui en fit jeter les fondations et commencer les travaux en août 1597 (H. muharrem 1006) par l’architecte Davoud Aga. Après la mort de celui-ci, survenue en 1598 (H. 1007), son successeur, le chef architecte Dalguidj Ahmed Tchavou-che, continua les travaux jusqu’en 1603 (H. 1012) date de la mort de Mehmed III ; sa mère mourut aussi deux ans après. Les travaux furent ainsi suspendus jusqu’en 1660 (H. 1071); la construction était avancée jusqu’à la hauteur des fenêtres. A cette dernière date, enfin, la mère de Mehmed IV, la Sultane Terhan Hadidjé, fit reprendre les travaux qui furent terminés en 1663 (H. 1074), date à laquelle eut lieu la consécration officielle de la mosquée. D’après les sources historiques, le dernier architecte du bâtiment fut Moustafa Aga. C’est Ahmed Ré-fik Bey, qui a établi ces données historiques dans son livre (en turc) intitulé «Alimler ve San’atkârlar» (les savants et les artistes).
L’intérieur de la mosquée ainsi que les appartements privés des sultans, sont ornés de carreaux de faïence qui appartiennent à la deuxième période brillante de l’art céramique turc. Une porte ravissante et un escalier permettent d’accéder à ces appartements. La rampe qui se trouve sur la place à l’est de la mosquée est probablement une adjonction postérieure (fig. 93-97).
Fig. 114 — Mosquée de Dolma Bagtché
* * *
Sur la même place, au Sud, se trouve le beau turbé où reposent les restes de la Sultane Terhan Ha-didjé, morte en 1682 (H. 1094), et plusieurs autres sultans, princes et princesses.
Non loin de là, à l’angle de la rue, on voit une grande fontaine a-vec un sébil, d’un style monumental, portant la date de 1663 (H. 1074). Elle a été incendiée en 1906 et rebâtie.
La mosquée Yéni-Djami et les appartements privés des Sultans contenaient, d’après des inventaires de 1665 et 1674 conservés au Musée de l’Evkaf à Stamboul, un riche mobilier. Arménak Bey Sakisian en a fait le relevé dans un travail intitulé «l’inventaire des tapis de la mosquée Yéni-Djami», paru en 1931, dans la Revue «Syria» p. 368.
47 — MOSQUÉE D’ALI PACHA DE TCHORLOU
Plan : F. 5.
Elle est située sur la rue Divan-yolou, à peu près en face du sébil de Kara Moustafa Pacha de Merzifon. Elle est à une coupole et la date
de sa construction est 1708 (H. 1120). Comme le médressé attenant a été donné en location à des cordonniers, il présente actuellement un spectacle bien laid. Sur la rue, devant les tombeaux, se dresse une belle grille. Ali Pacha fut grand vézir sous le règne d’Ahmed III, il fut l’époux d’Eminé Hatoun, fille de Moustafa II. Ayant été exilé et exécuté à Mytilène en 1711 (H. 1123) on rapporta, à Stamboul, sa tête qui fut enterrée dans le cimetière qui s’étend devant la mosquée (fig. 98).
48 - MOSQUÉE YÉNI VALIDÉ A SKUTARI
Plan: K. 9.
Elle est située près du bazar. Malgré que cette mosquée appartienne à l’époque où notre art commençait à décliner, sa forme générale, la belle harmonie de ses minarets à deux balcons, l’élégance du turbé ouvert contigu et sa fontaine témoignent d’un véritable effort artistique. Son plan est rectangulaire et sa coupole, un peu basse, repose sur des arcs forme-rets disposés en octogone. A droite et à gauche de l’axe longitudinal, se trouvent des bas-côtés à coupoles. Ahmed III fit élever cette mosquée pour sa mère Gulnouche Um-métoullah Hatoun en 1710 (H. 1122), comme il l’est attesté par l’inscription de la porte principale (fig. 99). Cette sultane mourut en 1716 (H. 1129); elle est enterrée dans un turbé ouvert grillagé attenant.
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A Galata, la mosquée appelée «Yéni Djami» la mosquée neuve, est une construction de la même sultane. Mais aujourd’hui, sa couverture et le haut du minaret se sont effondrés. Hadika dit qu’à cette place se trouvait jadis une église. La mosquée fut achevée en 1697 (H. 1109). Elle doit donc avoir été construite sous le règne de Moustafa II, fils aîné de la Sultane Ummé-toullah.
49 — MOSQUÉE DE HÉKIM OGLOU ALI PACHA
Plan : B. 5.
Elle est située sur la rue qui mène d’Aksaray à la porte de Si-livri, et près de la mosquée de Davoud Pacha. C’est un des monuments les plus dignes d’être étudiés, de l’époque de décadence de l’architecture turque. Ali Pacha, «le fils du médecin» fut trois fois grand vézir sous les règnes de Mahmoud Ier et d’Osman III ; c’est
Fig. 115 — Sébil de Sipahi Mehmed Emin Aga en face de la mosquée de Dolma Bagtché
un des personnages les plus connus dans l’histoire turque. Son père, Nouh effendi, était médecin en chef du palais. Comme date de construction de la mosquée, l’inscription de la porte indique 1734 (H. 1147). L’unique minaret est à droite. Son plan est rectangulaire. La coupole centrale repose sur des arcs formerets disposés en hexagone retombant sur six piliers circulaires (fig. 100-103). Elle est flanquée au Nord et au Sud de quatre trompes d’angle. L’abside du mihrab, recouverte d’une demi-coupole est un rectangle en profondeur faisant saillie en dehors, dont le côté gauche est occupé par la loge impériale. Le minber en marbre est peint très artistiquement; il est surmonté d’un cône pointu très élevé. Les faïences des murs sont parmi les meilleures du XVIIIe S. et les marbres de la porte principale sont peints et dorés. Dans la cour de la mosquée, il y a une construction à véranda sous la-
quelle est un passage voûté servant de voie d’accès ; dans cette construction se trouvait la bibliothèque de la mosquée. Les armoires en bois polychrome destinées aux livres sont placées sur des colonnes en bois, au milieu de la pièce. En dehors d’une autre porte de la cour, et à l’angle des deux rues, on voit un très joli sébil en marbre daté de de 1733 (H. 1146) presque complètement en ruine ; le toit est entièrement détruit, les grilles ont été enlevées et à maints endroits le marbre est brisé. La mosquée subit une grande réparation en 1831 (H. 1246). Hékim Oglou Ali Pacha repose dans un turbé situé dans la cour.
50 - MOSQUÉE NOURI OSMANIYÉ
Plan : F. 5.
Nouri Osmaniyé veut dire «lumière d’Osman». Hadika cite cette mosquée sous le nom de «mosquée Osmaniyé». Elle est située près d’une des portes du Grand Bazar. Sur l’une des portes de la mosquée, Osman III est nommé comme fondateur. Un petit livre écrit par le secrétaire des bâtiments, Ahmed Efendi, qui vivait en ce temps-là, et publié dans la revue d’Histoire Ottomane (1919-21), donne d’intéressants renseignements sur la construction de la mosquée. D’après ce livre, elle fut commencée par Sultan Mahmoud Ier en 1748 (H. 1161). A cette époque, il y avait aussi à côté d’un architecte en chef, un chef constructeur du nom de Si-méon, ils travaillaient ensemble. La haute coupole s’élève directement sur quatre murs. Elle a deux minarets à deux balcons. On compte comme dépendances, un médressé, une bibliothèque, un sébil, un turbé renfermant la tombe de la mère d’Osman III, Chahsuvar Sultane, Osman lui-même étant enterré dans le turbé de Yéni Djami. La cour est arrondie du côté Ouest. Les voussures des portes sont d’un style tout à fait différent de celui des portes à stalactites. Depuis lors l’architecture turque prit une mauvaise direction et tomba dans des mains étrangères. On monte à la loge impériale par une rampe, c’est une mode qui s’est introduite à partir du XVIlIe siècle (fig. 104-106).
51 — MOSQUÉE LALÉLI
Plan : E. 5.
La «mosquée aux tulipes» se trouve sur la rue entre Bayazid et
Fig. 116 — Mosquée d’Ortakeuy
Aksaray. Elle fut faite après la mosquée de Nouri Osmaniyé en pleine décadence architecturale. La coupole centrale s’appuie sur des arcs formerets reposant sur des colonnes. Elle a deux minarets à une galerie (fig. 107). Elle fut élevée par Moustafa III en 1763 (H. 1177). D’après son inscription, elle fut restaurée en 1783 (H. 1197). En bordure de la rue se trouvent un sébil, et à côté, un turbé dans lequel sont les tombes du fondateur Moustafa III, de son fils Sélim III, et de ses autres enfants. Des dépendances comme médressé, fontaines, cuisine etc., sont rattachées à cette mosquée.
52 - MOSQUÉE DE ZEYNEB SULTANE
Plan: G. 5.
Elle est située dans le quartier de Sogouk Tchechmé, vis-à-vis de la porte du parc de la Pointe du Sérail. Les murs sont constitués par des assises de pierre taillée alternant avec des lits de brique. La coupole s’élève moyennant un tambour au-dessus des quatre murs. Le mihrab est placé dans une abside carrée, faisant une saillie en dehors. Le rivak de l’entrée est composé de 5 travées dont celle du milieu est à coupole et les quatre autres à voûtes croisées (fig. 108). Cette mosquée fut construite en 1769 (H. 1183). Zeyneb Sultane, fille d’Ahmed III, fut la femme du premier écuyer Moustafa Pacha et mourut en 1774 (H. 1188). Le turbé de Zeyneb Sultane ayant été démoli par suite du rélargissement de la rue, ses ossements ont été déposés dans le sous-sol de la mosquée. Cette mosquée ne figure pas dans Hadika. Dans le petit cimetière du Nord se trouve aujourd’hui la tombe du célèbre Alemdar (ou Bay-rakdar) Moustafa Pacha, grand vé-zir de Sélim III, qui se suicida le 17 novembrel808 à la suite d’une révolution. Son corps, enterré d’abord au château de Yédikoulé, fut transporté ici en 1911 après la proclamation de la Constitution.
53 — MOSQUÉE NOUSRÉTIYÉ
Plan : H. 9.
On l’appelle aussi mosquée de Top-Hané. Sur cet emplacement, il y avait une mosquée construite par Sélim III, vers la fin du XVIIIe siècle, pour la caserne des équipages du train de l’arsenal de Top-Hané. Elle fut incendiée en 1823 (H. 1238), et la même année, Mahmoud II fit commen-
Fig. 117 — Mosquée de la Validé à Aksaray
cer la construction de la mosquée actuelle qui fut achevée en 1826 (H. 1241). C’est un haut édifice à une coupole ; il a deux minarets très fins à deux galeries chacun. La loge impériale supportée par de fines colonnes est de marbre blanc. Cette mosquée n’est d’aucune importance pour notre art architectural (fig. 109).
* * *
Mahmoud II, mort en 1839 (H. 1255), fut enterré dans le turbé en marbre blanc situé à Divanyoulou, près de la Colonne Brûlée. Cet édifice octogonal à haute coupole, ainsi que le long mur en marbre percé de fenêtres avec un sébil rond à colonnes rappelant le style empire, peuvent être considérés comme un monument plus ou moins caractéristique (fig. 110). Dans ce turbé sont également enterrés un grand nombre de membres de la famille d’Osman, notamment Abdul Aziz et Abdul Hamid II. Le jardin du turbé a été transformé ensuite en cimetière; des hommes d’état et de hautes personnalités y ont été enterrés.
Fig. 118 — Mosquée Hamidié à Yildiz
54 - MOSQUÉE FEIZIÉ
Plan : A. 3.
Son fondateur s’appelle Feïzoullah Efendi ou Kutchuk Efendi. Elle est située en bordure de la rue Hadji Evhad, non loin de Yédikoulé et de la porte de Belgrade. Primitivement, c’était la salle de culte d’un couvent de derviches, utilisée en même temps comme mosquée.
Fig. 119 — Façade de la mosquée d’Imrahor (après la restauration de 1929)
Comme telle, elle est une des plus curieuses de Stamboul (fig. 111 et 112). De forme elliptique, transversalement, elle a, àl’Ouest, une petite entrée et à l’Est un espace identique contenant le mihrab principal. Une galerie, à colonnes de bois, court tout autour de la salle. On y remarque vis-à-vis du mihrab une loge impériale où Mahmoud II vint quelquesfois. La mosquée a, intérieurement, trois mihrabs, dont deux placés sous la galerie, à droite et à gauche, réservés à certaines prières du jour. Elle possède deux minbers situés à droite et à gauche du mihrab et, également, deux chaires suspendues à deux colonnes, tout cela de formes les plus bizarres. Le plafond contient une coupole basse elliptique en bois. Une bibliothèque, autrefois très riche, aujourd’hui désaffectée, est accolée à la bâtisse. Sur la rue, à côté de la bibliothèque, on voit une belle fontaine de marbre blanc, datée, d’après une inscription en vers turcs du poète Pertev Pacha, de 1825 (H. 1241). Cette date doit être considérée comme celle de la mosquée (fig. 113).
55 — MOSQUÉE DE DOLMA BAGTCHÉ
Plan: I. 11.
Elle est située au bord de la mer, près du palais de Dolma Bagtché. Son plan carré est surmonté d’une coupole flanquée de deux minarets. Sur une des portes de la cour donnant sur la place du palais, il y a une inscription en vers turcs, d’après laquelle elle fut commencée par Bezmiâlem Hatoun ,mère de sultan Abdul Médjid, et terminée par ce sultan en 1853 (H. 1270). Sur son emplacement, il y avait, d’après Hadika, une petite mosquée d’une date reculée qui fut restau-
Fig. 120 — Intérieur de la mosquée d’Imrahor
rée à [plusieurs reprises et remplacée enfin, après sa démolition complète, par la mosquée actuelle qui n’a aucun caractère architectural (fig. 114).
* * *
Il faut mentionner, à cette occasion, le beau sébil situé de l’autre côté de la rue et qui est peut-être le plus intéressant sébil du XVIIIe siècle de Stamboul (fig. 115). Par son style et par sa décoration, comme aussi par l’emploi de matériaux précieux, marbre, porphyre, bronze et enfin par la forme si sobre de son auvent et de la coupole. Ce monument rappelle l’époque classique de l’architecture turque. Le sébil est demi-circulaire ; il a quatre larges fenêtres séparées par des colonnes. A droite de l’édifice, il y a une fontaine et à gauche, placée symétiquement, se trouve la porte d’entrée ; à gauche de celle-ci, derrière trois fenêtres, sont les tombes de la famille du fondateur, Sipahi Mehmed Emin Aga, officier supérieur des janissaires dont la tombe se trouve à l’intérieur du sébil. Son épitaphe porte la date de 1743 (H. 1156), tandis que celle de la construction de l’édifice est donnée par les belles incriptions de l’extérieur soit l’année 1741 (H.1154).
Fig. 121 — Petite Aya Sophia (Sts. Serge et Bacchus)
56 - MOSQUÉE D’ORTAKEUY
Plan : L. 13-14.
L’inscription de la porte donne la date de 1853 (H. 1270) pour la construction. D’après les renseignements puisés dans l’Annuaire de la Société de bateaux Chirkéti Haïrié, un certain Mahmoud Aga avait fait élever premièrement une mosquée à cet endroit ; étant tombée en ruine, Mehmed Aga, intendant du grand vézir Damad Ibrahim Pacha sous le règne d’Ahmed III, la fit réparer et y ajouta un minaret à un balcon. Etant de nouveau tombée en ruine, le sultan Abdul Médjid fit reconstruire la mosquée actuelle en l’agrandissant et en y faisant élever deux minarets. Elle ne possède aucune valeur architecturale, mais elle se distingue par sa situation au bord du Bosphore et près du débarcadère d’Ortakeuy (fig. 116).
57 _ MOSQUÉE DE LA VALIDÉ A AKSARAY
Plan : D. 5.
Elle fut élevée en 1871 (H.1288) par Pertevnial Kadîn mère de sultan Abdul Aziz. L’architecte fut l’Italien Montani; le style architectural
Fig 122 — Aya Sophia, photographie prise de la terrasse de Babi Humayoun, 1929
de cette mosquée importé de l’étranger rappelle celui du palais de Tchiragan. Des deux côtés de la porte sur la rue, il y a des fontaines encadrées de colonnes de marbre blanc (fig. 117). En face de la mosquée se trouve le turbé de la fondatrice. Cette mosquée a été construite sur l’emplacement d’une autre mosquée élevée par Hadji Moustafa Efendi, en 1768 (H. 1182).
58 — MOSQUÉE HAMIDIÉ A YILDIZ
Plan : K. 14.
C’est le Sultan d’Abdul Hamid II qui éleva cette mosquée, en 1886, (H. 1303) tout près de son palais de Yildiz. Elle n’a aucune caractéristique architecturale (fig. 118).
Fig. 123 — Coupole d’Aya Sohia photographie prise d’un des minarets de la mosquée, 1933
Églises transformées en Mosquées
Hadika cite environ quarante églises qui ont été transformées en mosquées. Nous nous contenterons d’en citer ici sept en donnant quelques reproductions photographiques.
59 — IMRAHOR DJAMI
« ÉGLISE St. JEAN DU STOUDION »
Plan : B. 2.
Elle est située à Samatia. C’est le grand écuyer de Bayazid II, Ilyas Bey, mort à Gorizza, qui transforma cette église en mosquée ; il y ajouta un minaret, un médressé, une école, et lui constitua des revenus usufruitiers. Le minaret est à droite de la porte. C’est le plus ancien sanctuaire de Stamboul (fig. 119 et 120).
Les historiens lui donnent comme
Fig. 124 — Intérieur d’Aya Sophia
date de construction l’année 463. Son fondateur fut le patricien Stoudios, d’où son nom de Stoudion. Elle était dédiée à St. Jean-Baptiste. Lors des querelles suscitées par les iconoclastes, cette église joua un grand rôle en prenant parti contre eux. Sa forme architecturale la rattache aux basiliques; elle n’avait pas de coupole mais un toit à double pente. Elle possédait comme ses congénères une nef et deux bas-côtés séparés par une rangée de sept colonnes de vert antique supportant les galeries supérieures et le toit, Aujourd’hui, elle est à l’état de ruine. Son toit étant tombé depuis longtemps, il reste encore les quatre murs, six colonnes du bas-côté gauche avec leurs chapiteaux et la frise, et un merveilleux dallage du XIIIe siècle en mosaïque de pierre assez bien conservé. L’architecture de l’entrée du narthex est une des plus belles existant encore de cette époque reculée.
60 — PETITE AYA SOPHIA
«ÉGLISE Sts. SERGE ET BACCHUS»
Plan : F. 4.
Elle est située dans le quartier de Tchatladi Kapou, le long de la
Fig. 125 — Narthex d’Aya Sophia
côte de Kadyrga, en contre-bas de la place de Sultan Ahmed. Elle fut changée en mosquée et dotée de revenus par un fonctionnaire du palais impérial sous le règne de Bayazid II, au XVe siècle. Le rivak de l’entrée et le minaret ont été ajoutés à cette cpoque-là. Cette église fut construite entre 527 et 536 sous le règne de Justinien. Bien que l’architecture ne ressemble en rien à celle de la Grande Ste. Sophie, il faut chercher la raison de son nom de Petite Ste. Sophie, dans le fait que c’est une construction du même empereur. Le plan affecte la forme d’un carré irrégulier, et la coupole centrale qui est surbaissée repose sur huit arcs disposés en octogone retombant sur huit piliers. Les chapiteaux et divers autres marbres travaillés sont très importants pour l’art décoratif architectural (fig. 121).
61 - AYA SOPHIA
Plan : G. 5.
Depuis quatorze siècles, on a beaucoup étudié les questions relatives à l’architecture de Ste Sophie qui est, comme on le sait, un des
édifices les plus renommés du monde, et on a écrit à son sujet d’innombrables volumes. Nous n’en dirons qu’un mot et donnerons seulement quelques photographies montrant l’intérieur et l’extérieur de la mosquée.
Comme l’histoire nous le conte, Constantin le Grand, après avoir fait de Constantinople sa capitale, y fit élever une église, en 360, sous le nom d’Aya Sophia (La sainte sagesse). Ayant été incendiée en 415, Théodose II la fit rebâtir. Lors de la révolution connue sous le nom de Nika, en 532, dirigée contre Justinien, un nouvel incendie détruisit l’église. C’est alors que Justinien fit élever l’édifice actuel, qui fut terminé en 537 ; il fut toujours réparé, lorsque, dans la suite, les tremblements de terre l’endommagèrent. Les décorations en mosaïque de verre qui ornent ses murs datent en partie de Justinien et le reste des siècles suivants.
Lorsque Fatih Sultan Mehmed conquit en 1453 la ville de Stamboul, il convertit cette église en mosquée et y fit faire certaines réparations sans toucher aux mosaïques. On connaît le penchant inné du Conquérant pour les images et les beaux-arts ; d’ailleurs, comme il n’existe dans le Coran un seul mot contre la représentation des êtres animes, il n’y avait aucune raison pour la destruction de ces mosaïques. N’oublions pas que, même au début de l’hégire, les Kalifes avaient émis des monnaies portant
Fig. 126 — Un des battants de porte en bronze d’Aya Sophia
Fig. 127 — Musée militaire (Ste. Irène)
leur propre effigie, et que plus tard ils firent décorer leurs palais avec des représentations d’êtres animés. Sur les monnaies, comme aussi dans les constructions appartenant aux Seldjoukides d’Anatolie et à beaucoup d’autres dynasties turques, on voit souvent des figures. Même sous le règne de Bayazid II, le grand vézir Atik Ali Pacha, qui était un eunuque éclairé, conserva entièrement, lorsqu’il fit convertir l’église en mosquée, les mosaïques du Kariyé Djami se rapportant toutes à la Bible. Ces mosaïques que nous verrons plus loin existent encore dans cet édifice. Ce n’est qu’au XIXe S. qu’on a badigeonné et recouvert de vilaines fleurs, les mosaïques d’Aya Sophia. Par conséquent, il faut savoir gré à M. Thomas Whittemore, savant archéologue américain qui, en ce moment-ci, avec l’autorisation officielle de notre Gouvernement, met à jour les belles mosaïques de ce monument avec un soin tout particulier (fig. 122-126).
Fig. 128 — Kariyé Djami (Monastère de Chora)
62 - MUSÉE MILITAIRE
« Ste. IRÈNE »
Plan: G. 5.
Son nom «ancien est «Ste. Irène». Elle est située dans la première cour du Vieux Sérail et renferme actuellement les riches collections du Musée militaire ; elle n’a jamais été convertie en mosquée. Depuis la conquête (1453) et jusqu’à ce qu’elle devint un musée, elle fut utilisée comme dépôt d’armes sous le nom de «Harbiyé Anbary». Ce fut le grand-maître d’artillerie Féthi Ahmed Pacha, qui fonda en 1848, dans un des coins de cet édifice, la première collection des antiquités en Turquie. Cette église a été également, comme celle de Ste. Sophie,
Fig. 129 — Kariyé Djami. Représentation de la Dormition en mosaïque au-dessus de la porte, intérieurement
construite par Justinien, mais sa forme actuelle appartient au règne de Léon l’Isaurien qui la fit restaurer et agrandir après le tremblement de terre de 740 ; après Ste. Sophie c’était la plus grande église de Byzance ( fig. 127). On y voit, dans la demi-coupole de l’abside, des reste de mosaïques.
Fig. 130 — Fcthiyé Djami (Ste. Marie Pammacharistos)
63 — KARIYÉ DJAMI
« MONASTÈRE DE CHORA »
Plan : C. 10.
Bien qu’on lui donne, en général, les noms de Kaariyé ou même de Kahriyé, ces appellations sont fausses, car, lorsque cet édifice fut élevé au début, il était hors des murailles de la ville ; comme il se trouvait alors dans la campagne, il portait le nom «Monastère du village.» Par conséquent, il faudrait l’appeler Kariyé, ce mot voulant dire en turc village. Sa première construction date du Vme siècle ; elle fut renouvelée à différentes reprises et ne reçut sa forme actuelle que vers la fin du XIIIe siècle. Son dernier fondateur est Théodore Méto-chite qui fut grand-trésorier sous l’empereur Andronic II Paléologue (1282-1328) ; c’était en même temps un savant connu. Les mosaïques et les fresques des deux narthex, de l’intérieur, et de la chapelle du parecclésion sont très renommées. L’eunuque Ali Pacha, connu sous le nom d’Atik Ali Pacha, grand vézir du règne de Bayazid II, à la fin du XVe siècle, en transformant cette église en mosquée, fit conserver
Fig. 131 — Arab Djami à Galata
toutes ses décorations figurées en mosaïque et à fresque. A part sa coupole centrale, elle possède encore trois petites coupoles ; son minaret est â droite (fig. 128 et 129).
64 - FÉTHIYÉ DJAMI
« Ste. MARIE PAMMACHARISTOS »
Plan : D. 10.
Elle est située au-dessus et au Nord-Ouest du quartier du Phanar, sur la rive droite de la Corne d’Or. Son ancien nom est Ste Marie Pam-macharistos,«la Toute Bienheureuse». Lors de la conquête turque de 1453, elle avait été laissée au culte orthodoxe. Elle fut convertie en mosquée, sous Mourad III, en 1591, sous le nom de Féthiyé.
Cet édifice, qui se compose de deux églises et d’un couloir latéral sur le côté Nord, fut bâti entre le XIIIe et le XIVe siècle. L’abside centrale byzantine a été détruite et reconstruite plus-grande avec une coupole lors de sa transformation en mosquée, pour y placer le mihrab (fig. 130). Dans la coupole de l’église du Sud, il y a encore des mosaïques.
65 — ARAB DJAMI A GALATA
Plan : F. 9.
On a appelé cet édifice la «mosquée arabe» d’après la légende qui dit qu’elle aurait été bâtie par les Arabes musulmans venus à Constantinople en 715, sous la conduite de Meslémé. Beaucoup plus tard, lorsque les Latins envahirent cette ville les prêtres dominicains, vers le milieu du XIIIe siècle, élevèrent à cet endroit une église de style architectural latin munie d’un clocher qui existe encore, et au-dessous duquel passe une rue. (fig.
131). La mosquée de forme rectangulaire est couverte d’un toit. Elle fut réparée et agrandie à différentes époques turques ; lors de la dernière, en 1912, un grand nombre de pierres tombales latines furent découvertes sous le plancher et transportées au Musée. Sur les murs du côté du mihrab, intérieurement, on découvrit aussi des restes de fresques. Comme c’est la plus grande mosquée de Galata, elle porte le nom de «Djami Kébir», la grande mosquée.
Nomenclature des sultans depuis la prise de Stamboul
|
1444 |
Mehmed II, Fatih (ou le Conquérant), premier règne. |
|
1451-1481 |
Mehmed II, deuxième règne. |
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1453 1481-1512 |
Conquête de Stamboul par Mehmed II. Bayazid II, fils de Mehmed II. |
|
1512-1520 |
Sélim Ier, fils de Bayazid II. |
|
1520-1566 |
Suleïman Ier le Législateur,(ou le Magnifique)fils de Sélim Ier. |
|
1566-1574 1574-1595 |
Sélim II, fils de Suleïman Ier. Mourad III, fils de Sélim II. |
|
1595-1603 |
Mehmed III, fils de Mourad III. |
|
1603-1617 |
Ahmed 1er, fils de Mehmed III. |
|
1617-1618 |
Moustafa Ier, fils de Mehmed III, premier règne. |
|
1618-1622 |
Osman II, fils d’Ahmed Ier. |
|
1622-1623 |
Moustafa Ier, deuxième règne. |
|
1623-1640 |
Mourad IV, fils d’Ahmed Ier. |
|
1640-1648 |
Ibrahim, fils d’Ahmed Ier. |
|
1648-1687 |
Mehmed IV, fils d’Ibrahim. |
|
1687-1691 |
Suleïman II, fils d’Ibrahim. |
|
1691-1695 1695-1703 |
Ahmed II, fils d’Ibrahim. Moustafa II, fils de Mehmed IV. |
|
1703-1730 |
Ahmed III, fils de Mehmed IV. |
|
1730-1754 |
Mahmoud Ier, fils de Moustafa IL |
|
1754-1757 |
Osman III, fils de Moustafa IL |
|
1757-1774 |
Moustafa III, fils d’Ahmed III. |
|
1774-1789 |
Abdul Hamid Ier, fils d’Ahmed III. |
|
1789-1807 |
Sélim III, fils de Moustafa III. |
|
1807-1808 |
Moustafa IV, fils d’Abdul Hamid Ier. |
|
1808-1839 |
Mahmoud II, fils d’Abdul Hamid Ier. |
|
1839-1861 |
Abdul Médjid, fils de Mahmoud II. |
|
1861-1876 |
Abdul Aziz, fils de Mahmoud II. |
|
1876 |
Mourad V, fils d’Abdul Médjid. |
|
1876-1909 |
Abdul Hamid II, fils d’Abdul Médjid. |
|
1909-1918 |
Mehmed V Réchad, fils d’Abdul Médjid. |
|
1918-1922 |
Mehmed VI, Vahideddin, fils d’Abdul Médjid. |
|
1922-1924 |
Abdul Médjid, fils d’Abdul Aziz. Kalife. |
LES MOSQUÉES
|
Nos. Plan |
Nom des monuments |
Date de construction |
Architecte |
|
1 B. 14 |
Introduction (page 5) Eyoub, (p. 41) |
1558 et 1800 |
? |
|
2 F. 6 |
Mahmoud Pacha (p. 46) |
1463 |
? |
|
3 D. 7-8 |
Fatih Mehmed II. (p. 47) |
1470 |
Atik Sinan |
|
4 H. 6 |
Fatih (reconstruction) M.d.Agas au Sérail(p.54) |
1771 Hadji Ahmed Halifé sous Mehmed II ? |
|
|
5 D. 5 |
Mourad Pacha (p. 55) |
1471 |
? |
|
6 K. 9 |
Roumi Mehmed P.(p. 56) |
1471 |
? |
|
7 C. 5 |
Davoud Pacha (p. 58) |
1485 |
? |
|
8 G. 5 |
Firouz Aga (p. 59) |
1491 |
? i |
|
9 F. 5 |
Atik Ali Pacha (p. 59) |
1496 |
? |
|
10 C. 9 |
Zindjirli Kouyou (p. 62) |
fin XVe S. |
? |
|
11 F. 5-6 |
Bayazid II (p. 63) |
1501 |
Hayreddin |
|
12 C. 7-8 |
Bali Pacha (p. 67) |
1504 Sinan, réparation? |
|
|
C. 7-8 |
Turbé de Husrev P. (p.67) |
1545 |
? |
|
13 D. 8 - |
Iskender Pacha (p. 69) |
1505 environ |
? |
|
14 B. 13 |
Djézéri Kassim P. (p. 70) |
1515 environ |
? |
|
15 D. 9 |
Sultan Sélim Ier (p. 72) |
1522 |
Sinan |
|
16 C. 5 |
Hasséki (p. 73) |
1539 |
Sinan |
|
17 C. 13 |
» (agrandissement) Defterdar (p. 74) |
1612 1541 |
? Sinan |
|
18 K. 9- |
Mihrimah à Skutari (p.75) |
1548 |
Sinan |
|
19 E. 6 |
Chehzadé (p. 76) |
1548 |
Sinan |
|
20 A. 5 |
Ibrahim Pacha (p. 78) |
1551 |
Sinan |
|
21 B. 13 |
Zal Mahmoud P. (p. 79) |
1551 |
Sinan |
|
22 B. 8 |
Ahmed Pacha (p. 80) |
1554 environ |
Sinan |
|
Nos. Plan |
Nom des mosquée |
Date de construction |
Architecte |
|
23 J. 13 |
Sinan Pacha (p. 82) |
1555 |
Sinan |
|
24 E. F. 7 |
Suleïmanié (p. 83) |
1557 |
Sinan |
|
25 F. 7 |
Tombeau de Mimar Sinan |
||
|
(P. 84) |
1588 |
Sinan |
|
|
26 B. 10 |
Mihrimah. Porte d’Adrino- |
||
|
ple. (p. 88) |
1570 (?) |
Sinan |
|
|
27 F. 7 |
Rustem Pacha (p. 89) |
1570 (?) |
Sinan |
|
28 G. 4 |
Sokollou Mehmed P. (p.90) |
1571 |
Sinan |
|
29 F. 13 |
Pialé Pacha (p. 94) |
1573 |
? |
|
30 A. 2 |
Hadji Evhad (p. 97) |
1575 |
Sinan |
|
31 G. 5 |
Turbé de Sélim II (p. 99) |
1576 |
Sinan |
|
H. 5 |
Sébil d’Ahmed III (p. 101) |
1732 |
? |
|
32 F. 9 |
Azap Kapou (p. 104) |
1577 |
Sinan |
|
F. 9 |
Sébil d’Azab Kapou (p.105) |
1733 |
? |
|
33 K. 9 |
Chemsi Pacha (p. 105) |
1580 |
Sinan |
|
34 G. 9 |
Kilidj Ali Pacha (p. 107) |
1580 |
Sinan |
|
G. 9 |
Fontain deTop-hané(p. 109) |
1732 |
? |
|
35 L. 7 |
Eski Validé à Skutari(p. 110) |
1583 |
Sinan |
|
36 C. 9 |
Mehmed Aga (p. 112) |
1585 |
Davoud Aga |
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37 C. 8 |
Messih Pacha (p. 113) |
1586 |
? |
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38 B. 5 |
Ramazan Efendi (p. 114) |
1586 |
? |
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39 C. 9 |
Nichandji Mehmed (p. 115) |
1588 |
? |
|
40 A. 8 |
Takiédji Ibrahim Aga » |
1591 |
? |
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41 C. 5 |
Djerrah Pacha (p. 116) |
1593 |
? |
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42 G. 5 |
Sultan Ahmed (p. 116) |
1616 |
Mehmed Aga |
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43 A. 6 |
Touloumdji Hussam (p. 118) |
1626 (?) |
? |
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44 M. 8 |
Tchinili (p. 118) |
1640 |
? |
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45 F. 5 |
Keuprulu (p. 119) |
1661 (?) |
? |
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46 F. 7 |
Yéni-Djami «fondée» (p. 119) |
1597 |
Davoud Aga |
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Nos. Plan |
Nom des mosquées |
Date de construction Architecte |
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» » |
Yéni Djami (continuation) |
1598-1603 Dalgitch Ahmed |
|
» » |
» (achèvement) |
1660-1663 Moustafa Aga |
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47 F. 5 |
Ali Pacha de Tchorlou (P. 121) |
1708 ? |
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48 K. 9 |
Yéni Validé à Skutari (p. 122) |
1710 ? |
|
49 B. 5 |
Hékim Oglou Ali Pacha (p. 122) |
1734 ? |
|
50 F. 5 |
Nouri Osmanié (p. 124) |
1748 Chef architecte avec le maître constructeur Siméon |
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51 E. 5 |
Laléli (p. 124) |
1763 Tahir (?) Mehmed |
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52 G. 5 |
Zeyneb Sultane (p. 126) |
1769 ? |
|
53 H. 9 |
Nousrétié (p. 126) |
1826 ? |
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54 A. 3 |
Feïzié (p. 128) |
1825 ? |
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55 I. 11 |
Dolma Bagtché |
1853 ? |
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I. 11 SébilSipahiMehmed(p.l30) |
1741 ? |
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56 L. 13-14 Ortakeuy (p. 131) |
1853 Artin (?) Kalfa |
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57 D. 5 |
Validé à Aksaray (p. 131) |
1871 Montani |
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58 K. 14 |
Hamidié à Yildiz (p. 132) |
1886 ? |
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Eglises transformées en mosquées ou en musées |
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59 B. 2 |
Imrahor «St. Jean de Stoudion»(p. 133) 463 |
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60 F. 4 |
Kutchuk Aya Sophia «Sts. Serge et Bacchus»(p.l34) 527-536 |
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61 G. 5 |
Aya Sophia (p. 135) 532-537 |
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62 G. 5 |
Musée militaire «Ste. Irène» (p. 138) Justinien et puis 740 |
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63 C. 10 |
Kariyé «Monastère de Chora» (p. 140) Ve et XIIIe S. |
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64 D. 10 |
Féthiyé «Monastère de Pammakaristos» (p. 142) ? |
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65 F. 9 |
Arab Djami «Eglise St. Paul» (p. 142) ? |
|
FIN
Croquis de cart indiquant les situations des mosquées
IMPRIMERIE SELÂMET STAMBOUL
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